mardi 12 décembre 2017

Oscar et la dame rose, Eric Emmanuel Schmitt

Quatrième de couv' : Oscar a dix ans et il vit à l’hôpital. Même si personne n’ose le lui dire, il sait qu’il va mourir. La dame rose, qui le visite et « qui croit au ciel », lui propose d’écrire à Dieu pour qu’il se sente moins seul.

A travers cette correspondance originale, le récit aborde, du point de vue de l’enfance, des questions philosophiques et existentielles : la maladie, la souffrance et la mort, la rencontre avec l’autre et avec le mystère…
Les nombreux passages de paroles rapportées permettront aux élèves de découvrir ou d’approfondir les techniques du dialogue argumentatif.
L’appareil pédagogique est suivi d’une interview exclusive de l’auteur.


Mon avis : L'année se finit bientôt et avec le boulot je n'ai plus le temps de lire. (Ma priorité va au sommeil). J'ai profité de mon jour de repos pour avancer dans mon nombre de livres lus en 2017 (195 jusqu'ici ! - en comptant les albums jeunesse, les BD et courts romans pour enfants), du coup je triche un peu en lisant un roman très très très court.

Cependant c'est à double tranchant : ce livre ne m'a pas convaincue car il manque cruellement de profondeur, de background, et il n'a pas su me toucher. Mais alors pas du tout !
Pourtant l'auteur joue sur la corde sensible : Oscar a 10 ans, un cancer incurable et ce sont ses derniers jours. Il est entouré d'une dame rose, Mamie-Rose, qui est une bénévole venant rendre visite aux enfants malades dans les hôpitaux. Poussée par Mamie-Rose, il va écrire chaque jour une lettre à Dieu, lui qui n'y croit pas, afin de lui raconter ses derniers jours, ses peines, ses voeux.

J'ai bien aimé la forme, le récit se compose de lettres, mais je trouvais ça assez peu crédible, qu'un petit garçon en phase terminale, fatigué, prenne la peine d'écrire ce qu'il fait de ses journées...
Je n'ai pas tellement trouvé crédible le ton employé par ce garçon de seulement 10 ans ! On dirait qu'il parle comme un ado. Il est effronté et rejette en bloc ses parents. Alors autant je peux trouver ça crédible qu'on soit malheureux d'être malade et qu'on réagisse ainsi, autant je trouve que sa façon de s'exprimer n'est pas celle d'un enfant de cet âge.

Ce livre est bourré de foi, de croyance en Dieu. Si au début Oscar n'y croit pas, il va se prendre au jeu et son apaisement vis à vis de sa maladie passera par la religion !
Personnellement je n'aime pas que la religion soit abordée dans un roman pour ado/jeunes adultes. Chacun doit faire ses choix religieux en connaissance de cause mais j'estime que ce n'est pas à l'auteur de roman, de fiction, de séduire les plus jeunes avec ses mots sur la foi.

L'histoire est intéressante bien qu'on se doute de la façon dont ça va se finir. Je suis déçue de ne pas avoir été touchée, mais c'est souvent le cas avec ce genre de livres, je vois trop que l'auteur veut émouvoir et je mets directement une barrière entre l'histoire et moi.
Je ne comprends pas tellement pourquoi tout le monde a aimé, alors si vous voulez m'éclairer sur ce sujet, les commentaires sont ouverts !

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

mercredi 6 décembre 2017

I.R.L., Agnès Marot

Quatrième de couv' : Je lève la main jusqu’à mon visage, laisse échapper un cri. À chacun de mes doigts, à chacune de mes phalanges, un filin brille sous le soleil timide qui pénètre dans la pièce. Je traverse la paroi aussi facilement qu’on soulève un rideau, les mains déjà tendues en avant. Au moment où mes doigts se posent sur le pavé tactile où brillent des boutons multicolores, je suspends mon geste, pétrifiée par l’angoisse. 

Je m’appelle Chloé Blanche et j’ai grandi à Life City. Comme tous ses habitants, j’ignorais que nous étions filmés en permanence. J’ignorais que nous étions un divertissement pour des milliers et des milliers de foyers. J’ignorais que nous étions les personnages de Play Your Life, l’émission qui fait fureur hors de Life City, IRL. J’ignorais surtout à quel point nous étions manipulés. Puis j’ai rencontré Hilmi, le nouveau à la peau caramel. Le garçon qui faisait battre mon cœur, mais que ceux qui tirent les ficelles ne me destinaient pas. C’est ainsi que j’ai découvert ce que nous étions, à Life City : les personnages d’un immense jeu vidéo.

Une quête de liberté dans un monde d'apparences


Mon avis : Je souhaitais lire ce roman depuis longtemps, mais je n'en avais jamais pris le temps. Je l'ai emprunté à la bibliothèque pour pouvoir le lire, avant de commencer mon boulot vendredi.

C'est un roman de science-fiction, mêlé à une romance. Chloé est amoureuse d'Hilmi. Mais au moment où leur amour naît, elle va découvrir que des caméras filment son quotidien et celui de tous les habitants de sa ville. Très vite elle réalise aussi que quelqu'un contrôle ses émotions.
Chloé se rend compte qu'elle est un personnage de jeu vidéo et que sa vie est scrutée dans le moindre détail par des téléspectateurs. Elle va alors tenter de se battre pour sa liberté.

Le roman est assez complexe : ce qui a été difficile à appréhender pour moi c'est qu'il s'agit d'un jeu vidéo, qui est aussi diffusé sous forme d'émission. Et comme ça se passe en 2088-89, je ne sais pas si on peut vraiment parler de télévision, en tout cas, c'est diffusé sur des écrans. Pour moi c'était compliqué à appréhender qu'on puisse regarder un jeu vidéo sur écran, sans y participer en tant que joueur...

Un autre aspect qui a été compliqué à suivre c'est que les personnages du jeu vidéo, ont une vie et une personnalité propre, en toute autonomie, quand ils ne sont pas dirigés par les joueurs.
Une fois qu'on a saisi ça, la compréhension du roman est plus facile, mais pas forcément très aisée, pour moi ça a été une véritable gymnastique mentale à chaque chapitre...


J'ai trouvé des longueurs, bien qu'il y ait des ellipses temporelles.
Sinon manque de crédibilité quand Chloé passe 2 mois dans le monde réel, sans nourriture, dans la nature, avec un chat abandonné. En plus, l'autrice ne nous explique pas comment elle a pu se retrouver dans cette situation, ni comment elle a pu survivre 2 mois ainsi. J'ai trouvé ces passages longs et peu intéressants, tout comme sa rencontre avec la population pauvre qui ne bénéficie d'aucune avancée technique. J'ai d'ailleurs failli abandonner le roman à ce moment-là car il prenait une tournure inattendue qui ne me plaisait pas.


Il y a aussi beaucoup d'allers-retours entre les différents moments : parfois on est en Février 2089, d'autres fois au printemps 2088. Parfois on est dans le monde réel, d'autres fois dans le monde virtuel. On peut facilement se perdre dans la chronologie des événements. Ce découpage donne du rythme et ça relance l'action, mais c'est un poil dur à suivre.
A un moment je me suis dit "tiens il me reste encore 100 pages ?" alors que je pensais que le livre pouvait se finir sur la 2è partie... Donc je me suis forcée à aller jusqu'au bout mais sans grand entrain.


J'ai trouvé dommage que ce soit localisé sur une seule ville, dans le monde réel. Il semblerait qu'Arn Rinku, le "grand méchant" de l'histoire n'ait pas étendu sa main-mise au-delà de la ville qu'il dirige, et je n'ai pas trouvé ça très logique... D'autant plus qu'il est le seul méchant. Comme si ce genre d'intrusion dans la vie des humains n'impliquait pas une tripotée de chefs politiques ou de dirigeants d'entreprises innovatrices ! En fait j'ai trouvé ça assez peu crédible qu'il n'y ait qu'un seul homme mauvais qui soit à l'origine de tout ! Son influence sur la société est peu remise en question, il n'y a qu'un journaliste qui s'oppose à lui et c'est à peu près tout. Tout le monde le suit mais sans s'impliquer ! Et c'est ce que j'ai trouvé peu crédible, car pour qu'une société aille dans ce sens il faut que ce soit une accumulation et une multiplication de facteurs qui causent ces nouvelles problématiques...
(bon je vois que je vous raconte ça en essayant de ne pas spoiler et vous ne devez rien comprendre...)


Pour en revenir aux personnages je ne les ai pas spécialement appréciés. Que ce soit Chloé, Hilmi, Whisper ou même Cindy, je les ai trouvé assez creux, mais c'est peut-être parce que l'autrice s'est concentrée sur l'action et la mise en place de thématiques lourdes et imbriquées.

Une chose qui me parait très paradoxale : obtenir sa liberté en portant un bracelet. Je sais pas vous, mais moi dès que je porte une montre à mon poignet je me sens prisonnière de mes mouvements. Le bracelet me fait penser à des menottes, donc je trouve ça particulièrement étrange que la liberté des IA passe par le port d'un bracelet.


Il y a une très grosse réflexion à avoir sur diverses thématiques abordées dans ce livre, et je n'ai pas le recul nécessaire pour en parler à chaud. Il est question des Intelligences Artificielles, dotées d'émotions et de sentiments... Il est question de réalité virtuelle, de télé-réalité, d'intrusion dans la vie privée. Mais aussi de manipulation, de contrôle de l'autre. Et de l'implication des nouvelles technologies dans nos vies : sont-elles là pour notre sécurité ou pour limiter nos libertés individuelles ?


Je pense qu'il faut être déjà assez âgé pour pouvoir lire ce livre (vers 17 ans je dirais), avoir une solide culture geek (référence au Truman Show, aux Sims, à Second Life) et culture littéraire (La Dispute de Marivaux, 1984 de George Orwell, etc.).
La frontière entre le réel et le virtuel est assez mince et il peut être compliqué de s'y retrouver si on n'a pas l'habitude de lire ce genre de romans.
Je me suis souvent sentie larguée, peu impliquée, bien qu'il y ait de nombreux rebondissements, mais je crois que la tournure de l'histoire ne m'a pas plu.
Ce n'est pas un mauvais roman, je suis sûre qu'il trouvera son public.

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

dimanche 3 décembre 2017

Phobos, Victor Dixen

Quatrième de couv' : Six prétendantes. 
Six prétendants.
Six minutes pour se rencontrer.
L'éternité pour s'aimer.

Ils veulent marquer l'histoire avec un grand H. 

Ils sont six filles et six garçons, dans les deux compartiments séparés d'un même vaisseau spatial. Ils ont six minutes chaque semaine pour se séduire et se choisir, sous l'oeil des caméras embarquées. Ils sont les prétendants du programme Genesis, l'émission de speed-dating la plus folle de l'Histoire, destinée à créer la première colonie humaine sur Mars.

Elle veut trouver l'amour avec un grand A. 

Léonor, orpheline de dix-huit ans, est l'une des six élues. Elle a signé pour la gloire. Elle a signé pour l'amour. Elle a signé pour un aller sans retour...

Même si le rêve tourne au cauchemar, il est trop tard pour le regretter.


Mon avis : Toujours dans l'optique de lire de la littérature jeunesse afin de conseiller au mieux les clients, j'ai décidé de varier mes emprunts en bibliothèque et de prendre ce livre. J'avais des a priori dessus, du style que ça n'allait pas me plaire parce que ça se déroule dans l'espace, que ça allait être technique, complexe, etc. 

Finalement je suis contente de l'avoir emprunté et découvert, surtout maintenant que tous les tomes sont sortis (enfin je crois qu'il n'est pas prévu de cinquième tome, détrompez-moi si vous savez). 

L'intrigue m'a plu : 6 filles et 6 garçons sont envoyés dans l'espace à bord du Cupido, afin de peupler Mars (à terme). Ils sont filmés et l'émission est diffusée mondialement. Leur mission : trouver le partenaire adéquat à l'issue de speed-datings. 
Mais les choses ne sont pas si simples... Et on va découvrir, grâce à de nombreux rebondissements que certains personnages ont pas mal de choses à cacher. 
Le lecteur est spectateur des speed-datings, de la vie de Léonor dans le Cupido, ainsi que des magouilles de la production, et à plus grande échelle, de magouilles politiques... Victor Dixen met en place une histoire riche et qui possède différents arcs narratifs. 

C'est une lecture addictive, le rythme et l'alternance des points de vue nous pousse à continuer la lecture. 

Le style est très visuel, j'avais parfois l'impression de lire un scénario. Il y a vraiment un aspect cinématographique dans l'écriture et on ne se perd pas en longues descriptions de l'espace ou du bunker de cap Canaveral. 

Les dialogues ne sont pas très bons malheureusement. L'auteur insère des explications sur le déroulement de la mission, au sein de dialogues. Or les personnages présents dans la scène, sont censés être déjà au courant de ce déroulement ! Du coup ça rend les dialogues lourds et peu naturels. Il aurait mieux valu qu'un narrateur omniscient explique tout ça au lecteur plutôt que les personnages le fassent eux-mêmes dans des dialogues. Il y a par ailleurs de nombreuses répétitions à cause de cette façon de mettre en forme les explications qui sont destinées au lecteur. Un peu comme si on était trop bêtes pour se rappeler de ce qu'on a lu dans les pages précédentes...

Il y a aussi quelques approximations de vocabulaire, certaines phrases qui marchent en anglais et et écrites comme si elles étaient traduites littéralement, du style "ça fait sens pour toi ?", désolée, mais en français on ne dit jamais ça, à moins d'avoir été influencé par la langue anglaise. 

Il faut aussi avouer que les personnages adultes faisant partie de la production, ont tous une sale image. Les hommes sont misogynes, tandis que l'une des femmes est manipulatrice et l'autre une fervente religieuse qui s'offusque d'un rien. La dichotomie entre les deux groupes de personnages (les adultes magouilleurs d'un côté et les jeunes adultes gentils et manipulés de l'autre) est bien trop évidente et pas très réaliste. Ça fait un peu "grand méchant de cinéma" qui n'ont rien de subtil. 

Autre chose, concernant les personnages : j'ai été plutôt déçue qu'on ne sache rien des garçons. Vu que toute l'histoire se passe du point de vue de Léonor (du moins pour les scènes dans le Cupido), on ne connait les personnages qu'à travers son regard, ce qui est assez limité. 
On ne connaît pas grand chose de leur caractère, surtout qu'elle-même ne rencontre chaque garçon qu'une fois de temps en temps et seulement pendant 6 minutes. Ça fait très peu pour nous laisser le temps de découvrir le caractère ou le passé de ces garçons. 
Du côté des filles, Léonor étant un personnage solitaire, elle a peu de relations avec les 5 autres filles. Kris est présentée comme son amie la plus proche, puisqu'elles se sont liées durant leur année de préparation, mais une fois dans l'espace on assiste à très peu de scènes entre elles. On dirait que les filles n'ont tissé aucun lien. Ou en tout cas, leurs liens ne sont pas du tout exploités. Alors que le sujet du roman c'est quand même d'avoir 12 personnages dans un vaisseau, garçons d'un côté, filles de l'autre, se mettant en concurrence pour obtenir l'attention de l'autre... Ça devrait donner lieu à beaucoup plus de scènes d'émotion, de discussion, de relation ! Et là, on dirait qu'ils sont tous chacun dans leur coin, et qu'ils ne se croisent pas. C'est bien dommage de ne pas avoir exploité l'aspect relationnel. 

Mais voilà même si ce roman a clairement de gros défauts, tout s'enchaîne avec une grande fluidité, l'auteur nous tient en haleine et on a envie de connaître la suite. 

mardi 28 novembre 2017

Là où tombent les anges, Charlotte Bousquet

Quatrième de couv' : Solange, dix-sept ans, court les bals parisiens en compagnie de Clémence et Lili. Naïve, la tête pleine de rêves, elle se laisse séduire par Robert Maximilien et accepte de l’épouser. Mais son prince est un tyran jaloux, qui ne la sort que pour l’exhiber lors de dîners mondains.
Coincée entre Robert et Emma, sa vieille tante aigrie, Solange étouffe à petit feu. Quand la Première Guerre mondiale éclate, Robert est envoyé sur le front. C’est l’occasion pour Solange de s’affranchir de la domination de son mari et de commencer enfin à vivre, dans une ville où les femmes s’organisent peu à peu sans les hommes…

Mon avis : Je suis un peu partagée... J'ai bien aimé ce roman, mais pendant une centaine de pages j'ai dû m'accrocher car j'ai eu du mal à saisir où l'autrice voulait nous emmener avec son début de roman. 

Le début est plat et manque de rebondissements qui m'embarqueraient. A la réflexion, c'est une impression qui s'étend sur une grande partie du roman : il y a quelques rebondissements mais ils sont racontés avec un tel détachement que je ne me suis pas assez sentie impliquée dans l'histoire. 
Peut-être est-ce à cause des différentes formes de narration : on a un narrateur externe qui ne raconte que le quotidien de Solange, mais Solange se raconte aussi dans son journal intime, puis on trouve un grand nombre de lettres échangées entre différents personnages, personnages qu'on ne connaît pas trop (Marthe, Pierre, même Clémence). C'est peut-être ça qui m'a semblé bizarre : ces lettres nous permettant d'avancer dans le temps et de mieux connaître les relations entre personnages, bien qu'on ne les connaisse pas dans leur vie quotidienne. 
Je pense que j'aurais préféré un narrateur omniscient qui raconterait le quotidien de tous les personnages, avec quelques lettres ici et là. 
Je n'ai pas saisi la portée des textes présentés en début de chaque chapitre. Hormis qu'ils sont tirés de véritables journaux ou livres de l'époque, j'ai trouvé qu'ils n'apportaient rien, pas d'indices sur ce qui allait se dérouler dans le chapitre. 

J'avoue avoir eu une préférence pour la période de la guerre. 
L'avant-guerre nous fait découvrir une jeune femme, Solange, qui est venue vivre à Paris pour échapper à un père violent. Souhaitant à tout prix se sortir de sa condition de petite couturière mal payée, elle accepte d'épouser un homme qu'elle n'aime pas, Robert Maximilien. Elle s'installe chez lui, où vit aussi sa tante, Emma, une vieille femme devenue aveugle. 
La situation n'est pas top : Solange se sent prisonnière de son mari qui ne supporte pas qu'elle ait une vie en dehors de lui. Il ne la laisse pas sortir, même pour retrouver ses amies, qu'il n'apprécie pas. Solange a cependant une vie à l'abri de tout problème financier, contrairement à la plupart de ses amies. 
La guerre arrive, mobilisant tous les hommes en âge et en capacité de combattre. Son mari part, c'est alors un soulagement pour elle. Peu à peu, ses relations avec la tante s'améliorent et Solange se rend compte qu'elle ne sait rien d'elle. Elles vont se découvrir durant 4 ans, et Solange fera plus attention aux femmes, à ses amies qui l'entourent. 
Son mari éloigné par les combats sur le front, Solange va se révéler à elle-même : apprenant à jouer du piano grâce à la tante Emma, soucieuse d'autrui et inquiète pour les femmes vivant dans des conditions bien plus modestes qu'elle, elle va se lancer dans le journalisme, apprendre l'anglais, s'occuper d'un petit chat blessé, etc. 
Solange s'émancipe d'un point de vue culturel et intellectuel, elle va s'engager pour dénoncer ce qu'elle voit chez ses amies. Elle se trouve enfin, son caractère s'affirme, ses désirs aussi. Elle trouve la force en elle de ne plus accepter certaines choses. (A ce propos, son acte à la fin m'a déçue. J'aurais préféré qu'elle prenne simplement la fuite). 

C'est vraiment cette partie de 1914 à 1918 que j'ai aimé, car l'après-guerre m'a moins plu. 
J'ai aimé connaître les conditions des hommes dans les tranchées à travers les lettres de quelques-uns. Certains se rendent compte de la difficulté de la vie pour les femmes, d'autres non et s'imaginent qu'elles se la coulent douce en attendant le retour des hommes. 
J'ai trouvé intéressant la position des femmes en temps de guerre : contraintes de travailler (souvent pour une misère), c'est aussi comme cela qu'elles s'émancipent, au point que le gouvernement commence à prendre peur et enferme certaines féministes !
Elles ont aussi très peur de ne pas revoir leurs maris. Certaines, comme Clémence, très attachées à leur compagnon, vivent dans l'angoisse permanente d'apprendre leur décès sur le champ de bataille. 
Entre les poilus défigurés, blessés, amputés et les combattants morts, ou ceux fusillés pour désertion, on se rend compte à quel point les femmes doivent rester fortes pour survivre sans les hommes ou avec des hommes qui ont vécu trop d'horreurs pour mener une vie normale après-guerre. 
Les atrocités ne s'arrêtent pas le 11 Novembre 1918, puisque la grippe espagnole a décimé une grande partie de la population entre 1918 et 1919, hommes comme femmes. 

J'ai bien aimé l'amitié entre Lili et Solange. Si dès le départ on sait qui est la plus audacieuse et exubérante, Solange s'affirme au fil du temps et elle parvient à exprimer son avis quand Lili commence à l'agacer. J'ai trouvé ça assez réaliste que leur amitié soit faite de moments de silence et de distance, d'autres où elles se pardonnent leurs erreurs passées, d'autres où elles se soutiennent. Bien que leurs caractères soient très différents, et qu'on pourrait croire que leur amitié n'y résistera pas, finalement elles passent par toutes les étapes d'une relation amicale qui n'est pas linéaire. 

J'ai bien aimé Solange, malgré son caractère qui peut sembler fade et soumis au départ, sa façon de s'affirmer loin de son homme, par la culture et ses amitiés, en fait un personnage intéressant et réaliste. C'est une fille qui devient femme, qui apprend des autres, et qui se soucie des autres. Notamment de la tante Emma, avec qui elle ne s'entend pas au départ, puis à force de vivre ensemble, Solange va lever le voile sur le passé d'Emma, qui était pour son époque, une femme forte et émancipée. Elle va devenir une alliée qui aidera Solange à mettre un terme à ses souffrances. 

J'aurais aimé en savoir plus sur la relation entre Pierre et Clémence, qui ressemble à la relation idéale !  Sauf quand Pierre est sur le front... mais même là leurs lettres sont très belles et touchantes. Il y a d'ailleurs un léger suspense quant à leur histoire, j'espérais de tout coeur que Pierre revienne de la guerre sans égratignure. Tout comme j'espérais que Robert, le mari de Solange n'en revienne pas...

Ce roman est bien documenté, mais j'ai l'impression qu'on sait déjà beaucoup de choses sur la Première Guerre mondiale (bien plus que sur celle de 1870 par exemple) avec le centenaire du début de la guerre qui a eu lieu il y a 3 ans. Si vous voulez compléter votre connaissance de cette période il existe le recueil Paroles de Poilus, qui est très intéressant à lire, pour connaître l'autre partie de l'Histoire, celle vécue par les hommes au front. 

La condition des femmes durant la Première Guerre mondiale est représentée par de nombreux personnages : de l'infirmière courageuse à la bourgeoise un peu froide dont le mari est sur le front, en passant par la chanteuse exubérante qui doit redonner de l'espoir aux soldats, ou par les munitionnettes qui risquent leur vie en fabriquant le matériel militaire. 
Cette période a permis l'émancipation de nombreuses femmes et ce roman ne manque pas de nous le montrer à travers ces personnages forts qui vivent à "l'Arrière". 

Pour moi, il est important de lire ce roman, dans le sens où les droits des femmes ont grandement changé depuis 1914, et c'est en partie grâce à cette guerre et aux mouvements d'émancipation qui en découlent, que nous pouvons aujourd'hui choisir notre destinée et profiter de notre indépendance. 

dimanche 26 novembre 2017

Appuyez sur étoile, Sabrina Bensalah


Quatrième de couv' : Quelques saisons ? Quelques mois ? 

Avril ne sait pas combien de jours il reste à sa mémé avant « d’appuyer sur Étoile ». 

Un jour, à l’hôpital, elle expose son rêve à Avril : s’éteindre tout en haut d’une montagne, près des étoiles. Assez près pour les toucher. 

Projet fou ? Impossible ? 
Sauf qu’Avril a justement l’énergie qui déplace les montagnes...

La Mort gagnera sans doute, à la fin ; mais elle a affaire à deux sacrées combattantes.


Mon avis : J'ai pris ce roman à la bibliothèque parce que je l'avais vu sur quelques chaînes. Et comme il était court et plutôt récent je me suis dit que ça serait sûrement rapide à lire et sympa à conseiller.
Sauf que je n'ai pas été touchée ni séduite par ce roman et il fera partie de ceux que j'ai apprécié lire mais que j'aurais oublié dans 2 mois.

C'est l'histoire d'Avril et de sa grand-mère qui est malade. Elle a une tumeur au cerveau et elle a décidé de ne pas faire de chimiothérapie, elle va donc vivre ses derniers jours.
Mais l'histoire dure plusieurs mois, quasiment les 4 saisons d'une année.
Avril est une jeune fille de 19 ans, elle a obtenu son BP Coiffure et coiffe des vieilles dames à leur domicile. Elle adore son métier et elle aime bien "ses petites vieilles" qui sont toutes un peu originales. Mais le projet qui lui importe le plus est le concours de coiffure à l'automne, où il faudra réaliser un chignon de mariée à la perfection. Pas de problème de ce côté-là, Avril est une vraie pro de la coiffure.
Son meilleur ami Tarik, lui, a pour projet d'ouvrir un kebab où tous les produits seraient bio. Quant au père d'Avril, plus la maladie de sa mère avance, plus il devient minimaliste et se sépare de ses vêtements, ordinateur, etc.

Avril, aidée par quelques-uns, va tenter d'organiser les derniers jours de sa grand-mère, car celle-ci aimerait voir les montagnes avant de mourir. Finalement ce sera (peut-être) un bout de ciel sur le toit de son immeuble. Où est la grande aventure que je pensais découvrir dans ce roman ? (#frustration) Même si c'est plus réaliste et plus crédible, je n'aime pas trop être flouée.

Les personnages secondaires sont assez peu développés : Tarik et Luc, le père d'Avril, sont vite expédiés chaque fois qu'ils apparaissent dans le roman.
Malheureusement il y a énormément de personnages pour un si court texte : avait-on besoin de connaître toutes les copines d'Avril au cours d'une soirée où 3 enfants sont présents ? (aussi, pedo alert : une fille de 19 ans donne un baiser sur la bouche à un gamin de 12 ans. Désolée d'être choquée)
La grand-mère d'Avril a aussi son mot à dire dans l'histoire : les textes en italique sont des dialogues entre elle et la mort, ou elle et un dieu quelconque, ce n'est jamais très clair.
Avril n'est pas un personnage que j'ai trop aimé... Je ne saurais pas dire pourquoi. Je pense que si je l'avais rencontrée dans la vraie vie nous n'aurions pas été copines. Je la trouve assez impertinente.

L'histoire est disons mignonne, bien qu'on sache que la grand-mère va mourir à la fin. En fait, la thématique principale est l'amour entre une petite-fille et sa grand-mère et ce que l'une est prête à faire pour l'autre. Cependant leur relation est assez peu approfondie. L'amour qu'a Avril pour sa grand-mère est "naturel", il n'est pas construit autour d'un quotidien partagé, en tout cas, on ne nous le présente pas sous cet angle. En gros on est plongé directement dans leur vie sans avoir aucun retour sur leur passé commun ou non. Elles ont peu de moments de complicité, et on se demande un peu ce qu'elles partagent à part le fait d'être du même sang.

Je ne parlerai pas de deuil, puisque celui-ci intervient après la mort, or le roman se termine sur le décès de la grand-mère. Dans ce roman, Avril doit apprendre à se préparer à une vie sans sa grand-mère.
Un des thèmes abordé dans l'histoire est la vieillesse : comment regarde-t-on les personnes âgées ? D'ailleurs les regarde-t-on encore ? Qui sont-ils sous leurs cheveux blancs ? Derrière les portes bien fermées de leur appartement ?
La jeunesse n'est pas en reste : les plus jeunes dans l'histoire ont tous des projets, sont tous prêts à se lancer dans quelque chose qui les fera avancer dans la vie.

Le style ne m'a pas toujours plu : trop riche, trop de mélange entre les différents niveaux de langage. J'ai eu du mal à accrocher... Pourtant j'ai bien aimé les "sabliers" qui précèdent chaque nouvelle saison. J'ai trouvé ça très judicieux, avec les deux côtés du sablier qui représente Avril et sa grand-mère, ainsi que leurs inquiétudes.
La police d'écriture n'était pas très jolie, ni suffisamment grande pour ce qu'on nomme un ouvrage grand format. Dommage.

Je n'ai pas été touchée, je suis restée très indifférente aux personnages et à ce qu'il leur arrive. Je pense que je n'étais pas du tout faite pour ce type de roman. Cela dit je lui ai attribué un 6/10 parce que je sais qu'il peut plaire, qu'il a toutes les qualités pour toucher certain(e)s lecteurs(trices)

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

mardi 21 novembre 2017

Lettres d'amour de 0 à 10, Susie Morgenstern

Quatrième de couv' : Ernest a dix ans. Dix ans de vide : sa mère est morte le jour de sa naissance et son père a disparu. Dix ans d'ennui : sa vie avec sa grand-mère, prénommée Précieuse, n'a rien de très exaltant : école, goûter, devoirs, soupe. Pas de téléphone, pas de télévision. Seule distraction : une mystérieuse lettre que le grand-père d'Ernest avait envoyée du front pendant la guerre, une lettre indéchiffrable. Ernest est bon élève, solitaire et taciturne, pour ne pas dire muet. Jusqu'au jour où Victoire de Montardent arrive dans sa classe et jette son dévolu sur lui. Car Ernest est beau, ce que les autres filles de la classe avaient déjà remarqué...

Mon avis : J'ai retrouvé dans ma bibliothèque ce livre que je croyais avoir lu quand j'étais enfant, et si c'est le cas, alors je n'en ai aucun souvenir. C'est un livre paru en 1996 et vu qu'il y a une étiquette pour cacher le prix, je pense qu'on a dû me l'offrir ou à mon frère. Sauf qu'on n'a pas dû avoir envie de le lire ! 
Il me semble que c'est un classique de la littérature pour enfants et il a reçu un tas de prix. Il s'adresse aux enfants entre 9 et 12 ans, il faut déjà avoir un bon niveau de lecture car le livre est quand même épais et pourrait effrayer un tout jeune lecteur. 

L'histoire est celle d'Ernest, qui a toujours vécu dans l'austère appartement de sa grand-mère, Précieuse et de la gouvernante, Germaine. Toutes deux ont 80 ans, sont peu bavardes et très renfermées sur elles-mêmes. Ernest grandit depuis 10 ans dans cette atmosphère morne où il n'ose rien demander. Il sait que sa mère est décédée en lui donnant naissance et que son père est parti alors qu'il n'avait que 3 jours ! 
C'est entouré des portraits des morts (son arrière-grand-père décédé lors de la Première Guerre Mondiale, son grand-père décédé en 1940, et sa mère décédée) et dans le souvenir de ceux-ci que grandit docilement Ernest. Il ne fait pas de vagues, est un très bon élève, sauf en rédaction, où malheureusement il n'a jamais rien à raconter, car sa vie est morne et terne. 
Jusqu'au jour où débarque Victoire ! Une petite tornade qui va chambouler totalement la vie d'Ernest. Elle et sa très grande famille vont investir le quotidien d'Ernest, que ce soit par leur présence, ou les inventions technologiques qu'ils vont faire connaître à Ernest et à Précieuse. 

C'est une très jolie histoire, celle d'un enfant abandonné, renfermé, qui va enfin s'ouvrir au monde. Il va aussi trouver le courage de retrouver son père. 
Ernest va totalement se transformer au contact de Victoire et de ses nombreux frères. Ses "premières fois" sont très touchantes : prendre un bébé dans ses bras, goûter une fondue bourguignonne, le premier couscous dans le premier restaurant, la première sortie au parc avec sa grand-mère, les courses dans un hypermarché. Ce sont des petits plaisirs qu'on oublie, mais qu'Ernest découvre et qui débloquent plein de choses dans son coeur. Ce qui est super c'est l'émerveillement et l'éveil d'Ernest. Sa vie lui semblait normale jusqu'à sa rencontre avec Victoire, et puis à partir de là c'est découverte sur découverte et il commence à s'épanouir. Victoire est un personnage qui apporte un vent de fraîcheur, elle est attachante, même si elle en ferait presque trop ! 

Pour un adulte exigeant, beaucoup de choses peuvent paraître peu crédibles, notamment le fait que le père soit si facilement retrouvable, ou qu'il offre 3 billets d'avion pour les Etats-Unis alors que 3 pages plus tôt il dit qu'il est enseignant et qu'il n'a pas beaucoup de moyens... 

En tout cas, un roman mignon, où une grand-mère enfermée dans ses souvenirs et un petit garçon parfait vont se laisser entraîner par une petite boule d'énergie prénommée Victoire ! 

lundi 20 novembre 2017

Malenfer, La forêt des ténèbres, Cassandra O'Donnell

Quatrième de couv' : Malenfer, la forêt maléfique, grandit et s’approche chaque jour davantage de la maison où vivent Gabriel et sa petite sœur Zoé. Seuls depuis le départ de leurs parents, partis chercher de l’aide en terre de Gazmoria, les enfants doivent faire face aux ténèbres qui recouvrent lentement Wallandar. Mais aussi à un tout nouveau danger: ni les visions de Zoé, ni ses pouvoirs magiques ne parviennent encore à l’identifier…

Mon avis : Toujours dans l'optique d'être bonne en conseil sur le rayon jeunesse (#conscienceprofessionnelle) j'ai emprunté en bibliothèque le premier tome de Malenfer et maintenant je me maudis de ne pas avoir pris les 4 tomes d'un coup !

C'est vraiment très bien. Pour de la Fantasy pour enfants, entre 9 et 13 ans, c'est franchement bien.
Il y a pas mal d'actions et de rebondissements et même du suspense !
Gabriel et Zoé vivent seuls car leurs deux parents sont partis dans une autre contrée à la recherche d'un célèbre sorcier qui devrait pouvoir les aider à repousser Malenfer, la forêt qui envahit leur village et détruit tout sur son passage.
Personne ne le sait mais ils se retrouvent seuls à la maison depuis 2 mois. Ils sont ultra-responsables et vont à l'école tous les jours. Une école, que l'on découvre dirigée par un loup-garou, où enseignent un walligow, une troll, une elfe... Mais les élèves ne sont pas censés le savoir... Cependant, Zoé qui a des visions et un instinct très développé l'a compris. Son frère, Gabriel est un garçon courageux qui va s'inquiéter de la disparition dans le lac d'un de ses camarades de classe. Mais que se cache-t-il au fond du lac ?

Les personnages ne sont pas tous suffisamment développés (les profs le sont peu) mais on s'attache quand même aux 5 enfants, qui ont chacun une âme d'aventurier. Ils sont super courageux !
Gabriel et Zoé éprouvent un amour fraternel indéniable. Bien que Gabriel soit l'aîné et un poil protecteur, il écoute sa soeur quand elle a des visions, tient compte de son avis et affirme qu'elle a énormément de bravoure et de maturité pour son âge.

J'aime un peu moins ce côté où pour que l'enfant devienne un héros, ses parents doivent disparaître (comme Harry Potter qui est orphelin). Là dans Malenfer, les parents de Gabriel et Zoé sont partis chercher un grand sorcier dans une autre partie du pays et ils laissent sans problème leurs enfants de 12 et 10 ans se débrouiller tout seuls. Pas très crédible.
En revanche, que des créatures magiques fassent leur apparition, qu'on nous parle de forêt qui avance pour dévorer le village, ça oui je veux bien y croire !

Les thèmes abordés le sont parfois de façon évidente : les stéréotypes fille-garçon où il est clairement dit que le garçon aide aux tâches ménagères, ou que les filles sont courageuses.
Ou encore le lourd secret que cache Zoé qui entraîne des moqueries de ses camarades de classe qui la trouvent "bizarre".
Ou encore le fait que les enseignants soient différents des humains et que si ça se sait, ils risquent de se faire chasser du village voire tuer par ses habitants.
Evidemment avec mon oeil d'adulte je trouve que c'est fait sans subtilité.

J'aimerais beaucoup en savoir plus sur Malenfer et ses arbres qui avancent au pied du village. Je suis curieuse de savoir quelles sont les motivations de cette forêt ? Est-ce qu'on n'est pas dans une métaphore écologique ? A voir avec les prochains tomes, si je les lis.

Petit bonus pour les illustrations de Jérémie Fleury qui sont très jolies. J'aurais aimé en voir plus !

Ah et les ouvrages ne coûtent que 10€ par tome... De quoi passer un bon moment de lecture !

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

dimanche 19 novembre 2017

La fille dans le brouillard, Donato Carrisi

Quatrième de couv' : Anna Lou est une jeune fille exemplaire. Alors pourquoi aurait-elle fugué la veille de Noël ? Ou serait-ce un kidnapping ? Mais qui lui voudrait du mal dans son paisible village des Alpes ? Le commandant Vogel, star de la police, est envoyé sur place. Entouré de sa horde de caméras, il piétine. Aucune piste, aucun indice ne s'offre à lui. Devant ses fans, il ne peut pas perdre la face. Vogel résistera-t-il à la pression de son public qui réclame un coupable ?
 
Difficile à lâcher. Les coups tordus d’une affaire Grégory à l'ère des chaînes d’info en continu.  Philippe Blanchet, Le Figaro magazine.
 
Un thriller atypique qui se distingue par sa critique acerbe des médias. Tout le monde en prend pour son grade.  Jérôme Béalès, La Vie.

Mon avis : Je crois que ça faisait un moment que je n'avais pas lu de polar. Je n'avais encore jamais lu de livre de Donato Carrisi et j'avoue avoir été déçue par la fin. Mais la plus grande partie du roman m'a sacrément happée dans l'histoire et je l'ai dévoré.

Anna Lou a 16 ans, elle disparait sans laisser de traces. Dépêché sur place, Vogel, commandant de police qui a la côte auprès des journalistes, va mener l'enquête. Il y a l'ambiance brumeuse d'un petit village de montagne qui a perdu tout son aspect touristique quand une mine de fluorine a été découverte. Les terrains des habitants ont été rachetés, rendant certains très riches. C'est dans ce contexte de village très fermé sur lui-même, avec une communauté soudée que se déroule cette histoire.

Je dirais que la force de ce roman tient dans le caractère des personnages : Vogel est un con vaniteux, qui adore les caméras et montrer qu'il a raison (même quand il a tort) en se protégeant derrière l'idée qu'il a un véritable instinct de flic. Il est complètement antipathique et on aime le détester.

Donato Carrisi nous mène en bateau : il commence par nous présenter une palette de personnages qu'on peut tous trouver suspicieux, avant de se concentrer sur un seul d'entre eux. Ce personnage est-il vraiment responsable de la disparition d'Anna Lou ? On y croit, tout en gardant un oeil critique.

La fin m'a moins plu parce que je m'attendais à être très surprise, et au final pas tant que ça. L'intensité du climax s'évapore très vite. J'ai eu l'impression d'être menée en bateau une longue partie du roman et puis quand le dénouement arrive, le soufflé retombe totalement dans des révélations qui sont peu crédibles... (Par exemple, comment un personnage en prison peut-il envoyer une cassette vidéo aux médias ?) D'autant plus que le "méchant" révèle son plan machiavélique dans un monologue qu'il fait à sa victime. Ça fait un peu méchant de Disney...
Quant à la toute fin, ça me semblait trop évident... Le personnage du psy, qu'on découvre dès le début, en confrontation avec le flic Vogel, c'était juste évident qu'il y avait une implication dans l'histoire d'une façon ou d'une autre, sinon pourquoi nous montrer ce personnage ? Trop prévisible.

Ce qui m'a plu c'est la façon dont l'auteur traite l'aspect médiatique d'une affaire. En effet dans ce roman, Vogel est un policier qui a besoin de l'appui des médias pour faire avancer son enquête. Il veut briller, se rattraper d'une enquête précédente qu'il a bâclée par vanité. L'influence des médias sur l'opinion publique est bien traitée, on sent que l'auteur a pris un certain parti. A qui ça profite de convoquer les médias sur une enquête ? Est-ce que ça ne dessert pas la police ? Toute une réflexion est possible.

Par ailleurs le style est hyper fluide et dynamique. On passe d'un point de vue à un autre et aussi (malheureusement) d'un moment à un autre : l'auteur nous renvoie à divers moments avant ou après la disparition d'Anna Lou et il faut bien se concentrer sur les débuts de chapitre pour se situer dans l'espace-temps, cela dit, ça rythme vraiment le roman.

En bref, un roman très haletant mais qui a des défauts. Ça me donne quand même envie de découvrir Le Chuchoteur, qui est parait-il plus sombre et plus complexe.

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

jeudi 16 novembre 2017

Tortues à l'infini, John Green

Quatrième de couv' : Aza, seize ans, n'avait pas l'intention de tenter de résoudre l'énigme de ce milliardaire en fuite, Russell Pickett. Mais une récompense de cent mille dollars est en jeu, et sa Meilleure et Plus Intrépide Amie Daisy a très envie de mener l'enquête. Ensemble, elles vont traverser la petite distance et les grands écarts qui les séparent du fils de Russell Pickett : Davis.
Aza essaye d'être une bonne détective, une bonne amie, une bonne fille pour sa mère, une bonne élève, tout en étant prise dans la spirale vertigineuse de ses pensées obsessionnelles.
Aza, Daisy, Davis, trio improbable, trouvent en chemin d'autres mystères et d'autres vérités, celles de la résilience, de l'amour et de l'amitié indéfectible.

Après "Qui es-tu Alaska ?" et "Nos étoiles contraires", John Green signe son livre le plus personnel, celui qu'il veut écrire depuis de nombreuses années. 

Avec une lucidité bouleversante, ses personnages inoubliables racontent sa propre maladie, au cœur de sujets aussi intimes qu'universels : la difficulté à vivre, la quête d'identité.

Tendresse sans complaisance, écriture percutante, humour rédempteur, John Green l'incomparable vous fera rire, sourire et pleurer, plus que jamais.


Mon avis : Je tournais autour de ce livre depuis sa sortie, mais j'hésitais : 21€ pour un livre je trouvais ça un poil chéros (d'habitude je n'achète que des poches). De l'auteur, je n'ai lu que Nos étoiles contraires, et Qui es-tu Alaska est sur ma wishlist depuis environ 10 ans (c'est vrai). Mais chaque fois que je tombe sur des livres de John Green, même en format poche, le résumé me fait penser "meh, bof". Donc 21€ pour un livre que je n'étais pas sûre d'aimer, j'hésitais. D'ailleurs même après lecture, je trouve que Gallimard profite un peu trop des "fans" (ou non) de John Green en publiant un roman de 350 pages, écrit gros avec des marges énormes, un papier et une couverture qui grattent comme du papier de verre ! Oui Gallimard, tu abuses, comme pour Harry Potter et l'enfant maudit. Pas merci donc.

Bon, passons à l'histoire : elle est originale, du fait que John Green plonge son héroïne, anxieuse et souffrant de TOC, dans une aventure où elle doit retrouver Russell Pickett, un milliardaire qui a décidé de prendre la tangente pour échapper à la justice. 100 000$ à la clé pour quiconque aurait des informations sur sa disparition. Par chance, Aza a connu dans son enfance le fils de Russell Pickett, Davis. Davis vit dans une immense villa tout en verre et se méfie, à juste titre, de ces amis qui reviennent vers lui, au moment où une récompense est proposée pour retrouver son père.
Aza, poussée par Daisy, son amie sacrément loquace, reprend contact avec Davis.
L'histoire est donc un mélange de romance, d'amitié, de roman sur une maladie qui impacte sur le quotidien et d'un brin de mystère. J'ai bien aimé la construction de l'histoire, même si j'ai eu du mal à voir le temps passer dans ce roman, je trouve que ça manquait de marqueurs temporels, parce qu'à la fin du livre on est des mois après certains événements, et je n'avais pas saisi qu'il s'était déroulé autant de temps entre ces moments.

Le traitement qui est fait par John Green des angoisses d'Aza est extrêmement juste. Lui-même en souffre et j'ai trouvé que c'était bien décrit, qu'on se sentait soi-même pris dans ces angoisses qui sont très bien mises en forme (quand les pensées se chevauchent et s'affrontent). John Green intègre totalement la dimension sociale dans cette maladie : il décrit tout ce qu'Aza s'interdit de faire, tous les moments où elle "doit" vérifier son pansement, se faire saigner, nettoyer. Et à quel point ça impacte sur sa vie sociale, et plus particulièrement sur sa vie amoureuse.

Je n'ai pas du tout aimé le personnage de Daisy. C'est malheureux à dire mais je trouve que leur amitié est déséquilibrée et la dispute qui a lieu entre elles est une façon supplémentaire de montrer à quel point Daisy a l'ascendant sur Aza. Alors certes Aza n'est pas la personne la plus investie dans leur relation, elle ne s'informe pas beaucoup, elle ne lit pas les fanfictions de Daisy (mais qui voudrait lire des fanfictions sur Chewbacca ?! (je plaisante, mais pas moi en tout cas)). Mais elle est quand même toujours là pour emmener Daisy à son boulot, pour la retrouver pour manger un bout, pour accepter les coups de folie de Daisy. Donc j'ai trouvé Daisy vraiment injuste envers Aza, et la façon dont elle la dépeint dans ses fanfictions est absolument horrible. Même si c'est présenté comme un exutoire, je trouve que c'est une façon atroce de dire à quelqu'un ses quatre vérités.

J'ai eu énormément de mal à me représenter Davis. Physiquement je n'arrive pas à tirer un portrait de lui. Alors on sait que c'est un garçon assez grand (environ 1m80), avec des jambes fines, il porte des lunettes et a les yeux bruns, mais c'est tout ! Pour le reste, il faut faire marcher son imagination.
C'est un peu pareil pour Aza finalement, on ne sait pas grand chose de son physique sinon qu'elle est maigre. Je ne saurais même pas dire si elle est afro-américaine, issue d'un métissage, ou une WASP aux cheveux blonds.
Quant à Daisy, son personnage se dessine plus facilement dans mon esprit, non pas qu'elle soit plus décrite que les autres, mais elle a une telle présence, que je l'imagine assez bien comme la copine fofolle de Juno dans le film éponyme.
En fait les personnages sont beaucoup plus représentés par leurs qualités et leurs défauts, leur sensibilité ou non, que par leur aspect physique. Je pense que ça vient d'une démarche bienveillante de l'auteur qui souhaite que n'importe qui puisse s'identifier aux personnages, qu'on soit noir ou blanc, asiatique ou maghrébin.

Les marottes des personnages m'ont un peu agacée à un moment : Daisy et ses fanfictions sur l'univers de Star Wars, Davis le pseudo-poète amateur d'astronomie, et Aza avec son obsession pour l'infection intestinale CD (clostridium difficile).
Je les ai tous trouvé plus ou moins englués dans une passion qui ne les lâche pas et ça m'a un peu dérangée parce qu'on n'est pas tous obsédé dans la vie par quelque chose, par une activité particulière. Au final John Green les réduit à leurs obsessions et c'est dommage.

En revanche je dois bien dire que j'aime les messages véhiculés par l'auteur : Aza rencontre Davis, mais elle a beaucoup de mal à faire tous les trucs qu'on fait quand on est en couple : embrasser Davis est pour elle la pire chose qui soit à cause de l'échange de bactéries via la salive. John Green nous montre pendant une partie du roman, qu'on peut mener une relation amoureuse, sans qu'elle ne soit QUE physique. On peut aimer une autre âme, sans passer par la case bisous baveux. Bon ça a ses limites, mais quand même.
Il montre aussi qu'un parent, aussi bienveillant soit-il, peut créer une pression sur son enfant, en lui témoignant constamment son inquiétude. Chacun est comme il est, mais c'est bien de parfois savoir dire "stop, maman, ça suffit, inconsciemment tu me mets la pression en me demandant d'aller bien".
La figure du parent est souvent entachée. C'est pareil du côté de Davis, il a totalement conscience que son père est un minable, qui ne va même pas lui laisser d'héritage ! En revanche, son petit frère de 13 ans, Noah, très touchant quand il exprime ses craintes, va devoir faire le deuil d'un père qu'il idéalisait : il ne comprend pas que son père l'abandonne et ne lui donne pas de nouvelles, il ne comprend pas sa fuite, et il ne comprendra certainement pas que ce dernier ne lui ait rien légué non plus, au profit d'un lézard qui peut vivre jusqu'à 150 ans. En fait je crois que Noah est le personnage secondaire le plus réussi, le plus bouleversant, parce qu'il est à la limite entre l'innocence de l'enfant et la colère qui bout en l'adolescent.

L'écriture est fluide, simple, rien de bien compliqué, ni même dans la construction du roman, on a des rebondissements qui redonnent du pep's à l'histoire quand on commence à s'enliser dans l'aspect psychologique de la maladie d'Aza.
Et par moments on a des passages philosophiques, qui traduisent la maturité de ces adolescents. On sent que le sujet de l'âme dans le corps ou indépendante du corps est un sujet qui travaille John Green et par extension ses personnages.

J'ai bien aimé ce roman, il est agréable à lire et je m'y suis vraiment plongée. C'est juste qu'en y réfléchissant un peu, certaines choses me troublent ou me déplaisent.


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lundi 13 novembre 2017

Detroit, Fabien Fernandez

Quatrième de couv' : Malmenée par les rixes des gangsters, les liquidations judiciaires et les combats de chiens, Detroit observe ses habitants parcourir son ossature de métal et de goudron, guette celui qui la sauvera de sa lente décrépitude. Pendant qu’Ethan, jeune journaliste new-yorkais fasciné par cette ville au passé industriel et musical glorieux, explore les quartiers de Motor City jusque dans ses bas-fonds, Tyrell attend fébrilement le moment où, son année de lycée terminée, il pourra enfin prendre son envol. Mais victime d’accès de colère incontrôlés, il peine à éviter les heurts avec les membres des Crips et l’expulsion scolaire. Quand ses recherches mettent Ethan sur la piste d’un détournement de fonds au sein de l’établissement de Tyrell, il soupçonne rapidement que l’affaire est sérieuse… Tous deux vont s’opposer comme ils le peuvent aux gangs qui règnent en maîtres à Motown. Nul ne sera épargné.

Mon avis : Ce roman n'est pas à mettre entre toutes les mains. Detroit est un livre sombre, dur, poignant.

Detroit c'est l'histoire de cette ville qu'on a abandonnée peu à peu.
Personnellement c'est une ville qui me fascine depuis quelques années. Depuis que j'ai découvert des photos d'urbex de cette ville à l'abandon... j'ai aussi lu Il était une ville, de Thomas B. Reverdy qui m'avait happée durant l'été 2015.

Là aussi le roman se déroule en 2008, au point culminant de la crise, entraînant des millions d'Américains à quitter leur maison, par manque d'argent et de travail.

Là aussi on suit un jeune garçon de 17 ans, en rupture avec l'école, parce qu'il a du mal à gérer ses crises de colère. Tyrell est violent, sans comprendre d'où vient cette colère qu'il porte en lui depuis toujours et l'oblige à changer d'établissement scolaire à chaque nouvelle grosse crise.
Il est le personnage-clé de ce roman, qui met en lien tous les autres.

La ville de Detroit est personnifiée : elle nous parle, nous raconte son histoire, sa création par des Français. Elle raconte l'histoire de quelques-uns de ses habitants : Ethan un journaliste New-Yorkais venu à Detroit pour réaliser une série d'articles sur la ville et un article de fond sur la corruption, Ella Moore une agent de police particulièrement investie et attachée à la ville, Tania Bell la mère de Tyrell, une infirmière qui ne compte pas ses heures pour sauver les victimes des membres de gangs, Flannagan un inspecteur de police désabusé qui va retrouver peu à peu de l'intérêt pour son métier.

Pour ceux qui auraient lu le livre de Thomas B. Reverdy, vous y verrez peut-être une ressemblance dans le choix des personnages décrits. Cependant Fabien Fernandez traite de Detroit avec un angle légèrement différent. Mais évidemment quand on parle de cette ville, difficile de ne pas mentionner les gangs, la survie par la vente de drogue, la prostitution ou les combats de chiens.

On commence par suivre Ethan, New-Yorkais, jeune journaliste, (trop) obsédé par toutes les femmes qui passent dans son champ de vision. Il découvre Detroit, s'attache à elle, mais difficile d'être journaliste et d'avoir de l'ambition dans une ville corrompue par les puissants et les dealers.
S'introduit ensuite la voix de la ville "Motor City", celle qui palpite sous les pas des habitants. Elle raconte la décrépitude, le mal qui la ronge, mais aussi l'espoir devant la force et la résilience de certains de ses habitants.
Et puis il y a Tyrell, le personnage auquel on s'attache. Il est fort, droit et honnête dans ses crises et ses combats, il a de l'empathie et est intelligent. Même si c'est souvent difficile pour lui pour un tas de raisons, sa volonté de s'en sortir de la bonne façon le porte tout au long du roman.

L'histoire prend un tournant de plus en plus sombre, j'ai même levé les yeux au ciel parce que je trouvais que l'auteur en mettait trop sur la tronche de Tyrell, mais finalement plus la pelote se détricote, plus ça se tient.
Cependant je ne laisserais pas ce roman dans les mains de n'importe quel jeune. C'est très noir, parfois glauque, et on se frotte au franchement dangereux à plusieurs reprises.

Ce sont finalement les derniers chapitres qui nous permettent de croire en un meilleur. Après des événements au climax, on retrouve enfin un peu de répit et une lueur d'espoir, surtout pour Tyrell. En revanche au climax, la résolution des problèmes arrive un peu trop rapidement et facilement (par rapport à l'ensemble du roman qui est sombre, complexe et dur, le dénouement arrive vite, c'est un peu expédié).

J'ai aimé que l'un des objectifs de l'auteur soit de créer un personnage qui ne se laisse pas entraîner par les gangs, l'appât du gain, la facilité à éliminer un ennemi par pure vengeance. Tyrell est un personnage qui ne part pas avec les meilleures armes dans la vie mais il est intelligent et il s'en sert pour avancer.

J'ai bien aimé ce livre, Fabien Fernandez se démarque par un style rythmé, il fait des rimes et ça pulse. Il m'a vraiment embarquée car certains chapitres se finissent sur un véritable suspense. L'alternance des points de vue m'a donné envie de continuer et de ne plus lâcher le livre.

Un bon roman, haletant, qui traite d'une ville et de personnages complexes.
Un roman "urbain" noir que j'ai pris plaisir à découvrir.

(La playlist qui rythme les chapitres)

La fiche du livre sur le site de l'éditeur