mardi 21 novembre 2017

Lettres d'amour de 0 à 10, Susie Morgenstern

Quatrième de couv' : Ernest a dix ans. Dix ans de vide : sa mère est morte le jour de sa naissance et son père a disparu. Dix ans d'ennui : sa vie avec sa grand-mère, prénommée Précieuse, n'a rien de très exaltant : école, goûter, devoirs, soupe. Pas de téléphone, pas de télévision. Seule distraction : une mystérieuse lettre que le grand-père d'Ernest avait envoyée du front pendant la guerre, une lettre indéchiffrable. Ernest est bon élève, solitaire et taciturne, pour ne pas dire muet. Jusqu'au jour où Victoire de Montardent arrive dans sa classe et jette son dévolu sur lui. Car Ernest est beau, ce que les autres filles de la classe avaient déjà remarqué...

Mon avis : J'ai retrouvé dans ma bibliothèque ce livre que je croyais avoir lu quand j'étais enfant, et si c'est le cas, alors je n'en ai aucun souvenir. C'est un livre paru en 1996 et vu qu'il y a une étiquette pour cacher le prix, je pense qu'on a dû me l'offrir ou à mon frère. Sauf qu'on n'a pas dû avoir envie de le lire ! 
Il me semble que c'est un classique de la littérature pour enfants et il a reçu un tas de prix. Il s'adresse aux enfants entre 9 et 12 ans, il faut déjà avoir un bon niveau de lecture car le livre est quand même épais et pourrait effrayer un tout jeune lecteur. 

L'histoire est celle d'Ernest, qui a toujours vécu dans l'austère appartement de sa grand-mère, Précieuse et de la gouvernante, Germaine. Toutes deux ont 80 ans, sont peu bavardes et très renfermées sur elles-mêmes. Ernest grandit depuis 10 ans dans cette atmosphère morne où il n'ose rien demander. Il sait que sa mère est décédée en lui donnant naissance et que son père est parti alors qu'il n'avait que 3 jours ! 
C'est entouré des portraits des morts (son arrière-grand-père décédé lors de la Première Guerre Mondiale, son grand-père décédé en 1940, et sa mère décédée) et dans le souvenir de ceux-ci que grandit docilement Ernest. Il ne fait pas de vagues, est un très bon élève, sauf en rédaction, où malheureusement il n'a jamais rien à raconter, car sa vie est morne et terne. 
Jusqu'au jour où débarque Victoire ! Une petite tornade qui va chambouler totalement la vie d'Ernest. Elle et sa très grande famille vont investir le quotidien d'Ernest, que ce soit par leur présence, ou les inventions technologiques qu'ils vont faire connaître à Ernest et à Précieuse. 

C'est une très jolie histoire, celle d'un enfant abandonné, renfermé, qui va enfin s'ouvrir au monde. Il va aussi trouver le courage de retrouver son père. 
Ernest va totalement se transformer au contact de Victoire et de ses nombreux frères. Ses "premières fois" sont très touchantes : prendre un bébé dans ses bras, goûter une fondue bourguignonne, le premier couscous dans le premier restaurant, la première sortie au parc avec sa grand-mère, les courses dans un hypermarché. Ce sont des petits plaisirs qu'on oublie, mais qu'Ernest découvre et qui débloquent plein de choses dans son coeur. Ce qui est super c'est l'émerveillement et l'éveil d'Ernest. Sa vie lui semblait normale jusqu'à sa rencontre avec Victoire, et puis à partir de là c'est découverte sur découverte et il commence à s'épanouir. Victoire est un personnage qui apporte un vent de fraîcheur, elle est attachante, même si elle en ferait presque trop ! 

Pour un adulte exigeant, beaucoup de choses peuvent paraître peu crédibles, notamment le fait que le père soit si facilement retrouvable, ou qu'il offre 3 billets d'avion pour les Etats-Unis alors que 3 pages plus tôt il dit qu'il est enseignant et qu'il n'a pas beaucoup de moyens... 

En tout cas, un roman mignon, où une grand-mère enfermée dans ses souvenirs et un petit garçon parfait vont se laisser entraîner par une petite boule d'énergie prénommée Victoire ! 

lundi 20 novembre 2017

Malenfer, La forêt des ténèbres, Cassandra O'Donnell

Quatrième de couv' : Malenfer, la forêt maléfique, grandit et s’approche chaque jour davantage de la maison où vivent Gabriel et sa petite sœur Zoé. Seuls depuis le départ de leurs parents, partis chercher de l’aide en terre de Gazmoria, les enfants doivent faire face aux ténèbres qui recouvrent lentement Wallandar. Mais aussi à un tout nouveau danger: ni les visions de Zoé, ni ses pouvoirs magiques ne parviennent encore à l’identifier…

Mon avis : Toujours dans l'optique d'être bonne en conseil sur le rayon jeunesse (#conscienceprofessionnelle) j'ai emprunté en bibliothèque le premier tome de Malenfer et maintenant je me maudis de ne pas avoir pris les 4 tomes d'un coup !

C'est vraiment très bien. Pour de la Fantasy pour enfants, entre 9 et 13 ans, c'est franchement bien.
Il y a pas mal d'actions et de rebondissements et même du suspense !
Gabriel et Zoé vivent seuls car leurs deux parents sont partis dans une autre contrée à la recherche d'un célèbre sorcier qui devrait pouvoir les aider à repousser Malenfer, la forêt qui envahit leur village et détruit tout sur son passage.
Personne ne le sait mais ils se retrouvent seuls à la maison depuis 2 mois. Ils sont ultra-responsables et vont à l'école tous les jours. Une école, que l'on découvre dirigée par un loup-garou, où enseignent un walligow, une troll, une elfe... Mais les élèves ne sont pas censés le savoir... Cependant, Zoé qui a des visions et un instinct très développé l'a compris. Son frère, Gabriel est un garçon courageux qui va s'inquiéter de la disparition dans le lac d'un de ses camarades de classe. Mais que se cache-t-il au fond du lac ?

Les personnages ne sont pas tous suffisamment développés (les profs le sont peu) mais on s'attache quand même aux 5 enfants, qui ont chacun une âme d'aventurier. Ils sont super courageux !
Gabriel et Zoé éprouvent un amour fraternel indéniable. Bien que Gabriel soit l'aîné et un poil protecteur, il écoute sa soeur quand elle a des visions, tient compte de son avis et affirme qu'elle a énormément de bravoure et de maturité pour son âge.

J'aime un peu moins ce côté où pour que l'enfant devienne un héros, ses parents doivent disparaître (comme Harry Potter qui est orphelin). Là dans Malenfer, les parents de Gabriel et Zoé sont partis chercher un grand sorcier dans une autre partie du pays et ils laissent sans problème leurs enfants de 12 et 10 ans se débrouiller tout seuls. Pas très crédible.
En revanche, que des créatures magiques fassent leur apparition, qu'on nous parle de forêt qui avance pour dévorer le village, ça oui je veux bien y croire !

Les thèmes abordés le sont parfois de façon évidente : les stéréotypes fille-garçon où il est clairement dit que le garçon aide aux tâches ménagères, ou que les filles sont courageuses.
Ou encore le lourd secret que cache Zoé qui entraîne des moqueries de ses camarades de classe qui la trouvent "bizarre".
Ou encore le fait que les enseignants soient différents des humains et que si ça se sait, ils risquent de se faire chasser du village voire tuer par ses habitants.
Evidemment avec mon oeil d'adulte je trouve que c'est fait sans subtilité.

J'aimerais beaucoup en savoir plus sur Malenfer et ses arbres qui avancent au pied du village. Je suis curieuse de savoir quelles sont les motivations de cette forêt ? Est-ce qu'on n'est pas dans une métaphore écologique ? A voir avec les prochains tomes, si je les lis.

Petit bonus pour les illustrations de Jérémie Fleury qui sont très jolies. J'aurais aimé en voir plus !

Ah et les ouvrages ne coûtent que 10€ par tome... De quoi passer un bon moment de lecture !

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

dimanche 19 novembre 2017

La fille dans le brouillard, Donato Carrisi

Quatrième de couv' : Anna Lou est une jeune fille exemplaire. Alors pourquoi aurait-elle fugué la veille de Noël ? Ou serait-ce un kidnapping ? Mais qui lui voudrait du mal dans son paisible village des Alpes ? Le commandant Vogel, star de la police, est envoyé sur place. Entouré de sa horde de caméras, il piétine. Aucune piste, aucun indice ne s'offre à lui. Devant ses fans, il ne peut pas perdre la face. Vogel résistera-t-il à la pression de son public qui réclame un coupable ?
 
Difficile à lâcher. Les coups tordus d’une affaire Grégory à l'ère des chaînes d’info en continu.  Philippe Blanchet, Le Figaro magazine.
 
Un thriller atypique qui se distingue par sa critique acerbe des médias. Tout le monde en prend pour son grade.  Jérôme Béalès, La Vie.

Mon avis : Je crois que ça faisait un moment que je n'avais pas lu de polar. Je n'avais encore jamais lu de livre de Donato Carrisi et j'avoue avoir été déçue par la fin. Mais la plus grande partie du roman m'a sacrément happée dans l'histoire et je l'ai dévoré.

Anna Lou a 16 ans, elle disparait sans laisser de traces. Dépêché sur place, Vogel, commandant de police qui a la côte auprès des journalistes, va mener l'enquête. Il y a l'ambiance brumeuse d'un petit village de montagne qui a perdu tout son aspect touristique quand une mine de fluorine a été découverte. Les terrains des habitants ont été rachetés, rendant certains très riches. C'est dans ce contexte de village très fermé sur lui-même, avec une communauté soudée que se déroule cette histoire.

Je dirais que la force de ce roman tient dans le caractère des personnages : Vogel est un con vaniteux, qui adore les caméras et montrer qu'il a raison (même quand il a tort) en se protégeant derrière l'idée qu'il a un véritable instinct de flic. Il est complètement antipathique et on aime le détester.

Donato Carrisi nous mène en bateau : il commence par nous présenter une palette de personnages qu'on peut tous trouver suspicieux, avant de se concentrer sur un seul d'entre eux. Ce personnage est-il vraiment responsable de la disparition d'Anna Lou ? On y croit, tout en gardant un oeil critique.

La fin m'a moins plu parce que je m'attendais à être très surprise, et au final pas tant que ça. L'intensité du climax s'évapore très vite. J'ai eu l'impression d'être menée en bateau une longue partie du roman et puis quand le dénouement arrive, le soufflé retombe totalement dans des révélations qui sont peu crédibles... (Par exemple, comment un personnage en prison peut-il envoyer une cassette vidéo aux médias ?) D'autant plus que le "méchant" révèle son plan machiavélique dans un monologue qu'il fait à sa victime. Ça fait un peu méchant de Disney...
Quant à la toute fin, ça me semblait trop évident... Le personnage du psy, qu'on découvre dès le début, en confrontation avec le flic Vogel, c'était juste évident qu'il y avait une implication dans l'histoire d'une façon ou d'une autre, sinon pourquoi nous montrer ce personnage ? Trop prévisible.

Ce qui m'a plu c'est la façon dont l'auteur traite l'aspect médiatique d'une affaire. En effet dans ce roman, Vogel est un policier qui a besoin de l'appui des médias pour faire avancer son enquête. Il veut briller, se rattraper d'une enquête précédente qu'il a bâclée par vanité. L'influence des médias sur l'opinion publique est bien traitée, on sent que l'auteur a pris un certain parti. A qui ça profite de convoquer les médias sur une enquête ? Est-ce que ça ne dessert pas la police ? Toute une réflexion est possible.

Par ailleurs le style est hyper fluide et dynamique. On passe d'un point de vue à un autre et aussi (malheureusement) d'un moment à un autre : l'auteur nous renvoie à divers moments avant ou après la disparition d'Anna Lou et il faut bien se concentrer sur les débuts de chapitre pour se situer dans l'espace-temps, cela dit, ça rythme vraiment le roman.

En bref, un roman très haletant mais qui a des défauts. Ça me donne quand même envie de découvrir Le Chuchoteur, qui est parait-il plus sombre et plus complexe.

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

jeudi 16 novembre 2017

Tortues à l'infini, John Green

Quatrième de couv' : Aza, seize ans, n'avait pas l'intention de tenter de résoudre l'énigme de ce milliardaire en fuite, Russell Pickett. Mais une récompense de cent mille dollars est en jeu, et sa Meilleure et Plus Intrépide Amie Daisy a très envie de mener l'enquête. Ensemble, elles vont traverser la petite distance et les grands écarts qui les séparent du fils de Russell Pickett : Davis.
Aza essaye d'être une bonne détective, une bonne amie, une bonne fille pour sa mère, une bonne élève, tout en étant prise dans la spirale vertigineuse de ses pensées obsessionnelles.
Aza, Daisy, Davis, trio improbable, trouvent en chemin d'autres mystères et d'autres vérités, celles de la résilience, de l'amour et de l'amitié indéfectible.

Après "Qui es-tu Alaska ?" et "Nos étoiles contraires", John Green signe son livre le plus personnel, celui qu'il veut écrire depuis de nombreuses années. 

Avec une lucidité bouleversante, ses personnages inoubliables racontent sa propre maladie, au cœur de sujets aussi intimes qu'universels : la difficulté à vivre, la quête d'identité.

Tendresse sans complaisance, écriture percutante, humour rédempteur, John Green l'incomparable vous fera rire, sourire et pleurer, plus que jamais.


Mon avis : Je tournais autour de ce livre depuis sa sortie, mais j'hésitais : 21€ pour un livre je trouvais ça un poil chéros (d'habitude je n'achète que des poches). De l'auteur, je n'ai lu que Nos étoiles contraires, et Qui es-tu Alaska est sur ma wishlist depuis environ 10 ans (c'est vrai). Mais chaque fois que je tombe sur des livres de John Green, même en format poche, le résumé me fait penser "meh, bof". Donc 21€ pour un livre que je n'étais pas sûre d'aimer, j'hésitais. D'ailleurs même après lecture, je trouve que Gallimard profite un peu trop des "fans" (ou non) de John Green en publiant un roman de 350 pages, écrit gros avec des marges énormes, un papier et une couverture qui grattent comme du papier de verre ! Oui Gallimard, tu abuses, comme pour Harry Potter et l'enfant maudit. Pas merci donc.

Bon, passons à l'histoire : elle est originale, du fait que John Green plonge son héroïne, anxieuse et souffrant de TOC, dans une aventure où elle doit retrouver Russell Pickett, un milliardaire qui a décidé de prendre la tangente pour échapper à la justice. 100 000$ à la clé pour quiconque aurait des informations sur sa disparition. Par chance, Aza a connu dans son enfance le fils de Russell Pickett, Davis. Davis vit dans une immense villa tout en verre et se méfie, à juste titre, de ces amis qui reviennent vers lui, au moment où une récompense est proposée pour retrouver son père.
Aza, poussée par Daisy, son amie sacrément loquace, reprend contact avec Davis.
L'histoire est donc un mélange de romance, d'amitié, de roman sur une maladie qui impacte sur le quotidien et d'un brin de mystère. J'ai bien aimé la construction de l'histoire, même si j'ai eu du mal à voir le temps passer dans ce roman, je trouve que ça manquait de marqueurs temporels, parce qu'à la fin du livre on est des mois après certains événements, et je n'avais pas saisi qu'il s'était déroulé autant de temps entre ces moments.

Le traitement qui est fait par John Green des angoisses d'Aza est extrêmement juste. Lui-même en souffre et j'ai trouvé que c'était bien décrit, qu'on se sentait soi-même pris dans ces angoisses qui sont très bien mises en forme (quand les pensées se chevauchent et s'affrontent). John Green intègre totalement la dimension sociale dans cette maladie : il décrit tout ce qu'Aza s'interdit de faire, tous les moments où elle "doit" vérifier son pansement, se faire saigner, nettoyer. Et à quel point ça impacte sur sa vie sociale, et plus particulièrement sur sa vie amoureuse.

Je n'ai pas du tout aimé le personnage de Daisy. C'est malheureux à dire mais je trouve que leur amitié est déséquilibrée et la dispute qui a lieu entre elles est une façon supplémentaire de montrer à quel point Daisy a l'ascendant sur Aza. Alors certes Aza n'est pas la personne la plus investie dans leur relation, elle ne s'informe pas beaucoup, elle ne lit pas les fanfictions de Daisy (mais qui voudrait lire des fanfictions sur Chewbacca ?! (je plaisante, mais pas moi en tout cas)). Mais elle est quand même toujours là pour emmener Daisy à son boulot, pour la retrouver pour manger un bout, pour accepter les coups de folie de Daisy. Donc j'ai trouvé Daisy vraiment injuste envers Aza, et la façon dont elle la dépeint dans ses fanfictions est absolument horrible. Même si c'est présenté comme un exutoire, je trouve que c'est une façon atroce de dire à quelqu'un ses quatre vérités.

J'ai eu énormément de mal à me représenter Davis. Physiquement je n'arrive pas à tirer un portrait de lui. Alors on sait que c'est un garçon assez grand (environ 1m80), avec des jambes fines, il porte des lunettes et a les yeux bruns, mais c'est tout ! Pour le reste, il faut faire marcher son imagination.
C'est un peu pareil pour Aza finalement, on ne sait pas grand chose de son physique sinon qu'elle est maigre. Je ne saurais même pas dire si elle est afro-américaine, issue d'un métissage, ou une WASP aux cheveux blonds.
Quant à Daisy, son personnage se dessine plus facilement dans mon esprit, non pas qu'elle soit plus décrite que les autres, mais elle a une telle présence, que je l'imagine assez bien comme la copine fofolle de Juno dans le film éponyme.
En fait les personnages sont beaucoup plus représentés par leurs qualités et leurs défauts, leur sensibilité ou non, que par leur aspect physique. Je pense que ça vient d'une démarche bienveillante de l'auteur qui souhaite que n'importe qui puisse s'identifier aux personnages, qu'on soit noir ou blanc, asiatique ou maghrébin.

Les marottes des personnages m'ont un peu agacée à un moment : Daisy et ses fanfictions sur l'univers de Star Wars, Davis le pseudo-poète amateur d'astronomie, et Aza avec son obsession pour l'infection intestinale CD (clostridium difficile).
Je les ai tous trouvé plus ou moins englués dans une passion qui ne les lâche pas et ça m'a un peu dérangée parce qu'on n'est pas tous obsédé dans la vie par quelque chose, par une activité particulière. Au final John Green les réduit à leurs obsessions et c'est dommage.

En revanche je dois bien dire que j'aime les messages véhiculés par l'auteur : Aza rencontre Davis, mais elle a beaucoup de mal à faire tous les trucs qu'on fait quand on est en couple : embrasser Davis est pour elle la pire chose qui soit à cause de l'échange de bactéries via la salive. John Green nous montre pendant une partie du roman, qu'on peut mener une relation amoureuse, sans qu'elle ne soit QUE physique. On peut aimer une autre âme, sans passer par la case bisous baveux. Bon ça a ses limites, mais quand même.
Il montre aussi qu'un parent, aussi bienveillant soit-il, peut créer une pression sur son enfant, en lui témoignant constamment son inquiétude. Chacun est comme il est, mais c'est bien de parfois savoir dire "stop, maman, ça suffit, inconsciemment tu me mets la pression en me demandant d'aller bien".
La figure du parent est souvent entachée. C'est pareil du côté de Davis, il a totalement conscience que son père est un minable, qui ne va même pas lui laisser d'héritage ! En revanche, son petit frère de 13 ans, Noah, très touchant quand il exprime ses craintes, va devoir faire le deuil d'un père qu'il idéalisait : il ne comprend pas que son père l'abandonne et ne lui donne pas de nouvelles, il ne comprend pas sa fuite, et il ne comprendra certainement pas que ce dernier ne lui ait rien légué non plus, au profit d'un lézard qui peut vivre jusqu'à 150 ans. En fait je crois que Noah est le personnage secondaire le plus réussi, le plus bouleversant, parce qu'il est à la limite entre l'innocence de l'enfant et la colère qui bout en l'adolescent.

L'écriture est fluide, simple, rien de bien compliqué, ni même dans la construction du roman, on a des rebondissements qui redonnent du pep's à l'histoire quand on commence à s'enliser dans l'aspect psychologique de la maladie d'Aza.
Et par moments on a des passages philosophiques, qui traduisent la maturité de ces adolescents. On sent que le sujet de l'âme dans le corps ou indépendante du corps est un sujet qui travaille John Green et par extension ses personnages.

J'ai bien aimé ce roman, il est agréable à lire et je m'y suis vraiment plongée. C'est juste qu'en y réfléchissant un peu, certaines choses me troublent ou me déplaisent.


La fiche du livre sur le site de l'éditeur

lundi 13 novembre 2017

Detroit, Fabien Fernandez

Quatrième de couv' : Malmenée par les rixes des gangsters, les liquidations judiciaires et les combats de chiens, Detroit observe ses habitants parcourir son ossature de métal et de goudron, guette celui qui la sauvera de sa lente décrépitude. Pendant qu’Ethan, jeune journaliste new-yorkais fasciné par cette ville au passé industriel et musical glorieux, explore les quartiers de Motor City jusque dans ses bas-fonds, Tyrell attend fébrilement le moment où, son année de lycée terminée, il pourra enfin prendre son envol. Mais victime d’accès de colère incontrôlés, il peine à éviter les heurts avec les membres des Crips et l’expulsion scolaire. Quand ses recherches mettent Ethan sur la piste d’un détournement de fonds au sein de l’établissement de Tyrell, il soupçonne rapidement que l’affaire est sérieuse… Tous deux vont s’opposer comme ils le peuvent aux gangs qui règnent en maîtres à Motown. Nul ne sera épargné.

Mon avis : Ce roman n'est pas à mettre entre toutes les mains. Detroit est un livre sombre, dur, poignant.

Detroit c'est l'histoire de cette ville qu'on a abandonnée peu à peu.
Personnellement c'est une ville qui me fascine depuis quelques années. Depuis que j'ai découvert des photos d'urbex de cette ville à l'abandon... j'ai aussi lu Il était une ville, de Thomas B. Reverdy qui m'avait happée durant l'été 2015.

Là aussi le roman se déroule en 2008, au point culminant de la crise, entraînant des millions d'Américains à quitter leur maison, par manque d'argent et de travail.

Là aussi on suit un jeune garçon de 17 ans, en rupture avec l'école, parce qu'il a du mal à gérer ses crises de colère. Tyrell est violent, sans comprendre d'où vient cette colère qu'il porte en lui depuis toujours et l'oblige à changer d'établissement scolaire à chaque nouvelle grosse crise.
Il est le personnage-clé de ce roman, qui met en lien tous les autres.

La ville de Detroit est personnifiée : elle nous parle, nous raconte son histoire, sa création par des Français. Elle raconte l'histoire de quelques-uns de ses habitants : Ethan un journaliste New-Yorkais venu à Detroit pour réaliser une série d'articles sur la ville et un article de fond sur la corruption, Ella Moore une agent de police particulièrement investie et attachée à la ville, Tania Bell la mère de Tyrell, une infirmière qui ne compte pas ses heures pour sauver les victimes des membres de gangs, Flannagan un inspecteur de police désabusé qui va retrouver peu à peu de l'intérêt pour son métier.

Pour ceux qui auraient lu le livre de Thomas B. Reverdy, vous y verrez peut-être une ressemblance dans le choix des personnages décrits. Cependant Fabien Fernandez traite de Detroit avec un angle légèrement différent. Mais évidemment quand on parle de cette ville, difficile de ne pas mentionner les gangs, la survie par la vente de drogue, la prostitution ou les combats de chiens.

On commence par suivre Ethan, New-Yorkais, jeune journaliste, (trop) obsédé par toutes les femmes qui passent dans son champ de vision. Il découvre Detroit, s'attache à elle, mais difficile d'être journaliste et d'avoir de l'ambition dans une ville corrompue par les puissants et les dealers.
S'introduit ensuite la voix de la ville "Motor City", celle qui palpite sous les pas des habitants. Elle raconte la décrépitude, le mal qui la ronge, mais aussi l'espoir devant la force et la résilience de certains de ses habitants.
Et puis il y a Tyrell, le personnage auquel on s'attache. Il est fort, droit et honnête dans ses crises et ses combats, il a de l'empathie et est intelligent. Même si c'est souvent difficile pour lui pour un tas de raisons, sa volonté de s'en sortir de la bonne façon le porte tout au long du roman.

L'histoire prend un tournant de plus en plus sombre, j'ai même levé les yeux au ciel parce que je trouvais que l'auteur en mettait trop sur la tronche de Tyrell, mais finalement plus la pelote se détricote, plus ça se tient.
Cependant je ne laisserais pas ce roman dans les mains de n'importe quel jeune. C'est très noir, parfois glauque, et on se frotte au franchement dangereux à plusieurs reprises.

Ce sont finalement les derniers chapitres qui nous permettent de croire en un meilleur. Après des événements au climax, on retrouve enfin un peu de répit et une lueur d'espoir, surtout pour Tyrell. En revanche au climax, la résolution des problèmes arrive un peu trop rapidement et facilement (par rapport à l'ensemble du roman qui est sombre, complexe et dur, le dénouement arrive vite, c'est un peu expédié).

J'ai aimé que l'un des objectifs de l'auteur soit de créer un personnage qui ne se laisse pas entraîner par les gangs, l'appât du gain, la facilité à éliminer un ennemi par pure vengeance. Tyrell est un personnage qui ne part pas avec les meilleures armes dans la vie mais il est intelligent et il s'en sert pour avancer.

J'ai bien aimé ce livre, Fabien Fernandez se démarque par un style rythmé, il fait des rimes et ça pulse. Il m'a vraiment embarquée car certains chapitres se finissent sur un véritable suspense. L'alternance des points de vue m'a donné envie de continuer et de ne plus lâcher le livre.

Un bon roman, haletant, qui traite d'une ville et de personnages complexes.
Un roman "urbain" noir que j'ai pris plaisir à découvrir.

(La playlist qui rythme les chapitres)

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

vendredi 10 novembre 2017

La vie à mille décibels, Rachael Lucas


Quatrième de couv' : Le regard inédit d’une adolescente Asperger sur le monde.


Grace est une jeune fille pleine d’humour et d’empathie, une introvertie, une hypersensible. Elle sait depuis l’enfance qu’elle est atteinte du syndrome d’Asperger, une forme d’autisme.
Alors qu’elle s’apprête à fêter ses seize ans, le quotidien et la routine qui la rassuraient volent en éclats : sa soeur est en pleine crise d’adolescence, son père sans cesse en déplacement… sans compter Gabe, le garçon qui lui plaît.
Pourtant, il est temps pour Grace de plonger dans cette vie qui l’attend, de découvrir qui elle est et de prouver au monde ce dont elle est capable.

Elle-même autiste Asperger et mère d'une jeune fille Asperger, Rachael Lucas signe avec La vie à mille décibels le portrait sincère et bouleversant d'une adolescente extraordinaire.

Mon avis : Pour quelques temps je vais essayer de me remettre à la littérature jeunesse. En principe je devrais bosser en renfort de Noël sur le rayon Enfants-Ado... Du coup je veux me mettre à jour des nouveautés romans sortis récemment et que je pourrais conseiller. J'ai donc fait un tour en librairie (quel beau prétexte) pour me procurer 3 livres destinés aux ados.
J'ai failli passer à côté de celui-ci, je ne l'avais pas vu au début, puis je l'ai ouvert, reposé, ré-ouvert pour lire quelques passages et finalement je l'ai pris.
Le sujet de l'autisme m'intéresse énormément, et ce depuis toujours.

On découvre une adolescente anglaise, Grace, qui est atteinte d'autisme Asperger. C'est à travers son regard que nous découvrons cette histoire. Pour elle la vie est difficile : les sons sont amplifiés, tout comme la luminosité et les couleurs, les journées s'étirent en longueur et la fatigue la prend en fin d'après-midi. Chaque discussion l'oblige à ouvrir son éventail de phrases-types ; elle a appris comment réagir de façon systématique à des questions. Son comportement et ses mimiques sont travaillés depuis l'enfance pour ne pas avoir l'air "bizarre". Bref, son cerveau sature vite, plus vite que pour une personne qui ne souffre pas de troubles autistiques.
Elle aime aussi avoir une routine, des habitudes, qu'il n'y ait pas de changements. Seulement elle a bientôt 16 ans et à cet âge-là il faut donner le change et sortir souvent, aller à des soirées, rencontrer des garçons. Tout ça, c'est compliqué pour elle.
En plus de ça son père est à nouveau parti en reportage à l'autre bout du monde, sa petite soeur de 13 ans commence sa crise d'ado, et leur mère invite régulièrement une vieille amie qui a une mauvaise influence sur elle. Tout autour de Grace change, et elle doit constamment prendre sur elle pour s'ajuster au monde qui l'entoure.

Pour Grace, il est de plus en plus difficile de garder le contrôle, même quand sa petite voix intérieure lui indique que quelque chose ne va pas, elle veut prouver au monde qu'elle est capable, capable d'agir normalement, malheureusement parfois au détriment de son animal ou de ses amis.
Grace est un personnage complexe, qui a du mal à comprendre certaines situations, mais qui n'ose pas le dire.


Je n'ai pas trop aimé le manque de diversité des points de vue. On a accès uniquement au point de vue de Grace, mais jamais à l'avis de sa mère ou de sa soeur sur une situation donnée, et ça m'a manqué, j'ai du mal avec les histoires où il n'y a qu'un seul point de vue, surtout quand celui-ci est souvent négatif.
La relation amoureuse prend peu de place, et il en est de même pour la relation amicale. Certains sujets sont un peu éclipsés par le quotidien de Grace, ils ne sont pas assez développés, c'est dommage. 

J'ai aussi buté sur certaines tournures de phrases, notamment au début du roman où il me fallait relire plusieurs fois une même phrase pour la comprendre.
Ou certains paragraphes manquaient de sens aussi : par exemple la mère arrive à un rond-point et juste en dessous on nous dit qu'elle klaxonne au feu... Je ne sais pas si c'est la traduction qui était mal faite ou si c'est le texte de base qui comportait des erreurs...
Le style est assez lourd, pas très fluide parfois et assez redondant, dans le sens où Grace vit tout en amplifié, et du coup on assiste à ces moments où elle est au bord de l'implosion. Il y a peu de moments où elle est détendue, son cerveau fonctionne toujours, constamment et ne lui laisse que peu de répit. Même quand elle s'enferme dans sa chambre, sa bulle, il y a toujours une pensée négative pour la rattraper, et ça se traduit dans la façon dont le roman est écrit.


Ce qui renforce la cohérence de ce livre c'est le fait qu'il ait été écrit par une femme souffrant de troubles autistiques et qui a elle-même une enfant autiste. Le monde est difficile à comprendre et à appréhender, et elles n'ont parfois pas les clés pour le décrypter et c'est très justement retranscrit dans ce roman. En tant que lecteur on comprend mieux le quotidien d'une adolescente Asperger.

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

mercredi 8 novembre 2017

Northanger Abbey, Jane Austen

Quatrième de couv' : Par sa gaucherie, ses rêveries naïves et son engouement pour les vieux châteaux, Catherine Morland semble loin des modèles de vertu. Mais si cette jeune Bovary délicatement british n’a rien d’une héroïne, c’est que Jane Austen s’amuse ! Et nous emporte, d’une plume malicieuse, d’un bout à l’autre du plus moderne des romans austeniens.

« Jane Austen est charmante et féroce, bien élevée et impitoyable. » Le Monde

Mon avis : J'ai eu ce livre en 2014, je ne saurais dire comment... L'édition que je possède est un gratuit donc j'ai dû me le procurer à la librairie où je bossais à l'époque...
J'ai découvert Jane Austen en 2015 et même si j'avais bien aimé, je n'avais pas été conquise comme d'autres.
Par contre, Northanger Abbey est vraiment drôle et teinté d'humour. J'ai beaucoup aimé.

Néanmoins, j'ai eu un peu de mal à me mettre dans l'histoire, à cause des tournures de phrases et de la lenteur de certaines actions. Mais une fois que je me suis attachée à Catherine, "notre héroïne" comme le dit le/la narrateur/rice, j'ai eu envie d'en savoir plus.

Northanger Abbey fait environ 275 pages et durant une grande (et longue) première partie, Catherine est à Bath, sous la protection de Mr et Mrs Allen. Elle a 17 ans et fait son entrée dans le monde. Elle découvre le concept des "rooms" qui sont des endroits où il faut être vu/e en bonne compagnie, pour assister à des bals ou pour discuter entre ami/e/s. Elle s'y rend en compagnie des Allen, et si au début elle n'y connaît personne, Mrs Allen va finalement retrouver une amie de jeunesse, Mrs Thorpe, ce qui va leur permettre de se lier avec d'autres gens et de profiter pleinement de Bath et des activités qu'on peut y faire.

Certains personnages sont haut en couleurs, comme Mr John Thorpe, insupportable vaniteux, et qui a des vues sur Catherine. La pauvre... Compliqué pour elle de s'en débarrasser, alors qu'elle a le béguin pour Mr Tilney.
Bref, amitiés et amourettes se développent à Bath, avant de se déliter ou de se consolider une fois Catherine invitée à Northanger Abbey (enfin ! enfin elle arrive à Northanger Abbey !). La fin réserve un retournement de situation qui prend du temps à nous être expliqué (trop de longueurs dans cette dernière partie...) mais qui montre bien l'esprit de certains hommes de cette époque.

J'ai beaucoup aimé les passages où Jane Austen implique Catherine dans des croyances liées à ses lectures. En effet, Catherine lit Les mystères d'Udolphe d'Ann Radcliffe, un ouvrage publié en 1794 et qui a eu beaucoup de succès à l'époque pour son côté gothique. Après cette lecture, Catherine va s'imaginer des secrets de famille, des pièces secrètes dans l'abbaye où elle loge, et son ami, Henry Tilney ne fera qu'alimenter ses illusions et ses craintes jusqu'à ce qu'elle comprenne que tout est faux. Ça donne lieu à des scènes de gêne intense pour Catherine mais qui sont très drôles pour le lecteur, puisqu'on se moque avec l'autrice du caractère naïf de Catherine.
Catherine est une personne qui se façonne, une adulte en devenir et elle n'est pas désagréable à suivre. Elle n'a pas un caractère très affirmé mais elle est surtout constante, ce qui fait du bien en comparaison avec d'autres personnages de l'histoire qui ne le sont pas.
Henry Tilney, l'homme dont elle s'éprend est bien plus intéressant que Mr Darcy, il est intelligent, futé et ne cache rien. Il est plus vivant, taquin et bien moins orgueilleux ! Ce personnage est une véritable réussite et Jane Austen en prend soin comme elle prend soin de son héroïne, Catherine.

J'ai bien aimé ce roman, plus court qu'Orgueil et Préjugés, ou Raison et Sentiments. On y sent plus l'humour et la patte de Jane Austen, c'est une parodie faite tout en finesse. Jane Austen agace le lecteur en repoussant toujours le moment où son héroïne reverra son crush, Catherine paraît bien poisseuse puisqu'on l'empêche de retrouver celui qu'elle chérit. L'autrice nous pousse à continuer la lecture, dans l'attente de cette rencontre. Avec sa plume ironique, elle égratigne tout le monde : les hommes comme John Thorpe et leur attitude vaniteuse, ou le général Tilney et sa cupidité, les femmes comme Mrs Allen qui ne s'intéresse qu'à l'habillement (elle se souvient avec précision de la robe qu'elle portait en telle occasion), ou l'inconstance affective d'Isabelle.
Elle y fait également un très beau plaidoyer pour le roman, qui est un genre à l'époque lu par les femmes, or Henry et Eleanor Tilney interviennent afin de rééquilibrer les choses : une femme peut lire des essais historiques et un homme peut lire des romans !

Tout l'intérêt de ce roman réside dans le ton employé à décrire des personnages de la société de l'époque. L'histoire, finalement n'est pas très intéressante (une jeune fille à marier qui tombe amoureuse d'un beau jeune homme) mais se lit facilement, une fois qu'on a pris le pli des tournures de phrases un poil alambiquées...

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

samedi 4 novembre 2017

Claude Gueux, Victor Hugo

Quatrième de couv' : Claude Gueux, dont le seul nom évoque Les Misérables et annonce avec trente ans d’avance l’immense Jean Valjean, était un pauvre diable, sans doute une crapule. En 1831, condamné pour vol à huit ans de prison, harcelé par son gardien-chef, il assassine celui-ci à coups de hache. On l’a poussé au crime, il le jure. Ses codétenus le soutiennent. Ses juges l’envoient néanmoins à l’échafaud.
De ce sordide fait divers et de ce procès, Hugo va faire le plus violent et le plus passionné des réquisitoires. Contre la peine de mort d’abord, que cet ouvrier, ce damné de la terre ne méritait pas. Contre une société inhumaine ensuite.

Mon avis : Je croyais avoir lu Claude Gueux au collège, mais c'était peut-être Le dernier jour d'un condamné que nous avions lu... Ou peut-être les deux ?
Quoi qu'il en soit, j'ai trouvé ce court texte à 1,55€ l'autre jour chez une libraire et j'ai eu envie de l'acheter et de le lire.
On est en plein week-end à mille et c'est pas avec ses 58 pages que je vais le réussir...! Mais bon...
Précisons que dans cette édition, il y a aussi le début des Misérables qui complète le livre et le fait paraître plus épais. J'ai donc lu aussi quelques pages des Misérables et ça m'a bien plu, vu que ça m'a rappelé des souvenirs de l'adaptation en série qu'en avait faite Josée Dayan en l'an 2000. Mais de là à lire l'intégralité des Misérables...

Bon revenons-en à Claude Gueux, pauvre homme mis en prison pour avoir volé du pain pour nourrir sa famille. Triste époque... Le mec est bien charpenté, fort, et un peu bourru. Il crève de faim, parce qu'il n'est pas assez nourri en prison. Un jeune homme se rapproche de lui et lui propose la moitié de son pain, tous les jours. Ainsi ils deviennent amis, s'apportant du réconfort. Mais comme c'est la zon-zon, faut pas compter sur la bonté des gardiens et encore moins sur celle du directeur, qui est un bel enc... ! Le directeur envoie l'ami de Claude dans un autre quartier de la prison et ces deux-là ne peuvent plus se revoir. Claude, en plus d'avoir perdu un ami, perd aussi une belle part de pain, qui lui permettait de survivre. Bref, c'est pas jo-jo. Claude fait des pieds et des mains pour qu'on lui rende son ami, mais le dirlo refuse toujours et encore. Jusqu'au moment où Claude va péter un boulard. On assiste ensuite à son procès et c'est vrai que si Claude est bourru, c'est aussi un mec qu'en a dans le ciboulot !
Grâce à lui et à quelques phrases bien placées, on nous invite à réfléchir ce qui crée la violence, la pauvreté, etc. Hugo rédige un plaidoyer dans lequel on s'interroge sur la justice et ses effets, sur la prison et la peine de mort, sur les droits que s'octroient de petits chefs manquant cruellement d'empathie.

C'est court, percutant, ça invite à la réflexion.

(désolée pour l'emploi de l'argot, j'avais envie de faire un résumé sur un ton qui change)

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mardi 24 octobre 2017

milk and honey, by Rupi Kaur

Quatrième de couv' : this is the journey of
surviving through poetry
this is the blood sweat tears
of twenty-one years
this is my heart
in your hands
this is
the hurting
the loving
the breaking
the healing

- rupi Kaur




Mon avis : J'attendais d'être dans peu ou prou les mêmes conditions que la poétesse Rupi Kaur pour découvrir son livre.
Le truc c'est que je ne vis pas du tout le même genre de rupture qu'elle. Ça fait des mois que j'attends de découvrir ce recueil, et maintenant que c'est fait, j'en suis déçue. Parce que je ne suis pas touchée, je ne ressens quasiment rien à sa lecture. Il y a bien un ou deux poèmes qui m'ont parlé, que j'ai trouvé juste, mais je n'ai pas ressenti un débordement d'émotion à la lecture comme je l'imaginais.

En revanche, je loue les qualités d'écriture. J'ai lu le livre en VO, je précise. C'est bien écrit, simple et bref. Elle utilise une trame narrative, une chronologie, qui fait que l'on suit un cheminement de pensée. D'entrée de jeu, on nous présente une personne avec toutes ses souffrances et de quelles manières elle a été blessée au cours de sa vie. Puis ça retranscrit les émotions qu'on ressent lorsqu'on tombe amoureux, puis qu'on rompt de façon abrupte et enfin ce qui nous amène à la guérison.

C'est peut-être cette dernière partie que j'ai le moins aimé (ainsi que la première dans laquelle je ne me retrouvais pas), parce que les poèmes sont très convenus. C'est peut-être notre époque qui veut ça, le fait qu'on nous dise de nous accepter avec nos poils et tout ça, mais ça sonne un peu comme ces phrases de motivation qu'on retrouve sur les tableaux de Maisons du monde... ou sous certaines photos Instagram... Je trouve que c'est très généraliste -> "you must want to spend the rest of your life with yourself first", on ne va pas me dire que c'est original. Okay c'est motivant pour se remettre d'une rupture, mais ça ne m'apprend rien de la vie. J'ai l'impression qu'on sort de l'émotionnel pour entrer dans le conventionnel, et malheureusement ce n'est pas des textes qui pourraient être écrits par des publicitaires qui m'intéressent...

Je lui ai quand même mis une bonne note (15 sur Livraddict, 7 sur Sens Critique) parce que je vois bien les qualités de ce recueil, je vois bien que si j'étais dans un autre état d'esprit, je suis sûre que ces poèmes m'aideraient à m'en sortir. Je sais pertinemment que l'humeur et nos expériences changent du tout au tout notre perception d'un livre.

Les illustrations en noir et blanc à l'intérieur sont vraiment en accord avec les poèmes, même si je n'aime pas trop le trait, je trouve ça vraiment bien d'y avoir ajouté une autre forme d'art.

C'est un bel objet, l'esthétisme est très travaillé : la couverture est douce, j'adore les deux abeilles qui rappellent la vie, tout simplement.

Il aura aussi eu le mérite de me donner envie de lire plus de recueils de poésie, moderne ou contemporaine.

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lundi 23 octobre 2017

La traversée amoureuse, Vita Sackville-West

Quatrième de couv' : Une croisière autour du monde aux côtés de la femme qu'il aime. C'est ainsi qu'Edmund Carr, journaliste d'une cinquantaine d'années, a choisi de passer les derniers mois qu'il lui reste à vivre. Il a délibérément caché à Laura, la jeune veuve dont il est épris, la nature de ses sentiments et le mal qui l'accable. Au fil des jours, Edmund sent la passion grandir en lui, et avec elle, la jalousie. Pourquoi Laura passe-t-elle autant de temps avec le séduisant colonel Dalrymple ? Que faisait-il au sortir de sa cabine en pleine nuit ?
Huis-clos amoureux dans l'univers confiné d'un paquebot de luxe, La Traversée amoureuse est le dernier roman de Vita Sackville-West. Il confirme son talent d’observatrice et son incroyable modernité.

Une tragédie sentimentale au charme vintage. Élisabeth Philippe, Vanity Fair.

Mon avis : J'ai acheté ce livre à la fin du mois d'avril, après avoir acheté une dizaine de romans (comme si j'en avais pas déjà assez...). Je ne connaissais pas cette autrice, je n'en avais même jamais entendu parler.
Mais le livre était court (environ 200 pages) et peu cher, dans la collection Biblio du Livre de Poche, donc je me suis dit que ça devait valoir le coup. En plus le résumé m'attirait.
J'ai commencé à le lire et au bout de 70 pages je n'étais toujours pas dedans. Je l'ai donc abandonné pour un temps.
Et puis la semaine dernière j'ai eu envie de commencer un roman court, parce que j'avais un peu de temps libre dans des journées bien remplies. Je pensais le lire assez vite, et même si la première centaine de pages a été lue rapidement, la seconde a été un peu plus laborieuse. Peut-être parce que j'ai la tête ailleurs. Oui, c'est sûrement à cause de ça.

Bref, l'histoire est celle d'un homme, un éditorialiste de 50 ans, qui se sait atteint d'une maladie incurable et décide de profiter de ses derniers jours en faisant une croisière sur un paquebot de luxe. Pas con le gars, quitte à profiter, autant prendre un billet sur la même croisière que sa "target". Car oui, Sir Edmund Carr a des vues sur une femme de 40 ans, Laura, une amie Londonienne qu'il ne connaît qu'à travers quelques soirées auxquelles il a participé avec ses amis. Cette croisière est donc l'opportunité de mieux la connaître. D'où le titre.

On assiste au développement du sentiment amoureux de la part d'Edmund, qui cherche à passer le plus de temps possible aux côtés de Laura. Il la suit dans des balades quotidiennes sur le pont, fait escale avec elle afin de visiter les différents pays qu'on leur donne à voir durant quelques heures.
Leur relation est platonique, sur un ton amical, avec cette réserve qui semble toute britannique (ou bien est-ce dû à l'époque ?).
Edmund croit le sentiment amoureux unilatéral, et je vais vous avouer que sur la fin, sa jalousie et son aveuglement m'ont un peu lassée. A croire qu'il ne se rend pas compte des immenses perches que lui tend Laura. Mais au final, je suis plutôt contente de l'issue du roman, car Edmund n'est pas un personnage que j'ai vraiment aimé, et je pense qu'il valait mieux que Laura et lui ne sortent pas ensemble, pas dans de telles conditions.

Le style est fluide mais très travaillé. C'est agréable à lire, on suit les pensées d'Edmund.
Ce qui m'a beaucoup plu c'est le côté vintage de cette histoire : on doit être dans les années 60, dans un milieu très aisé, sur un immense paquebot, qui propose repas et animations, avec beaucoup de personnages de l'époque. Il y a quelque chose de très élégant (se changer pour aller dîner, faire des balades quotidiennes), une douceur de vivre aussi, puisque certains hommes d'affaire choisissent délibérément de rentrer dans le pays où ils travaillent, par bateau plutôt que par avion ! On s'occupe de chaque passager avec déférence, et on sent qu'ils n'ont plus rien à penser, sauf à profiter de cette croisière.

Personnellement j'ai eu du mal à m'investir complètement et à me projeter dedans. On touche au sentiment et à son expression, la psychologie d'Edmund est réaliste et crédible.
J'ai bien aimé cette lecture, elle est agréable, mais pas franchement indispensable.

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