mercredi 10 janvier 2018

J'étais garde du corps d'Hitler, Rochus Misch

Quatrième de couv' : Rochus Misch a été le garde du corps d’Adolf Hitler. Quelque cinq années, de 1940 à 1945, passées nuit et jour auprès du dictateur nazi. De la chancellerie berlinoise aux appartements privés, du nid d’aigle de Berchtesgaden à la « Tanière du loup » en Prusse orientale et au QG ukrainien, Rochus Misch a suivi le Führer jusqu’à la fin du IIIe Reich. Il a été le témoin des petites et grandes heures des dirigeants nazis et de leurs compagnes, dont Eva Braun.
Dernier soldat allemand à quitter le bunker après le suicide d’Hitler, il s’est installé à Berlin après neuf années de captivité en URSS. Il a choisi de raconter son parcours dans l’Allemagne tourmentée d’avant-guerre et sa vie quotidienne avec celui qui fut le principal instigateur du conflit le plus meurtrier de l’Histoire.

Mon avis : Il y a environ deux ans, on m'a donné ce livre, vers lequel je ne me serais jamais tournée. Bien que la période de la seconde guerre mondiale m'intéresse, je préfère les témoignages de rescapés des camps. C'est peut-être glauque de s'intéresser à ça mais je n'y peux rien. Bref, toujours est-il que j'avais ce livre dans ma PAL et comme j'ai commencé un énorme roman jeunesse je voulais avoir l'impression d'avancer dans mes lectures en prenant un livre qui n'a rien à voir à côté et qui est assez court. J'ai choisi celui-ci et je l'ai lu, avec peu d'attention je dois l'avouer.

Le récit est assez plat, et manque de profondeur. L'auteur n'entre jamais dans le ressenti, dans ses émotions (à part quelques "j'étais très fatigué" ou "j'étais dans un état de nervosité permanente"). C'est très factuel, avec beaucoup de noms de hauts gradés qui ont participé à la guerre.

Par un concours de circonstances, Rochus Misch a été engagé en 1940 pour devenir garde du corps d'Hitler. En vérité il tenait surtout le standard de la chancellerie.
Quand Hitler se suicide dans son bunker, les soldats autour sont démunis, attendant l'autorisation de partir. Désoeuvrés, ces hommes à qui on a toujours dit ce qu'ils devaient faire, se retrouvent errants dans Berlin, ville complètement détruite. Ils se font emprisonner par les Soviétiques. Là commencent neuf années de calvaire et de torture pour Rochus qui ne reverra sa femme et sa fille qu'une fois libéré, grâce à des accords entre l'URSS et l'Allemagne. Là encore on n'entre pas dans les détails, il n'évoque sa captivité que de façon succincte.

J'aurais aimé en savoir plus sur Hitler, sa façon d'être. Pour Rochus, qui dit ne s'être jamais intéressé à la politique, Hitler était simplement son patron, un homme qui ne montrait pas d'émotions et se révélait être bon envers les quelques soldats qui l'entouraient. Loin de l'image du monstre, hurlant ses discours face à une foule déjà convaincue.

Je suis consternée par le manque de curiosité du soldat qu'était Rochus. Il dit à plusieurs reprises n'avoir jamais posé de questions, n'avoir jamais entendu ni su quoi que ce soit à propos des camps de la mort. Il ne savait rien de rien ! Et ça rend son témoignage très pauvre. C'est à se demander si il est honnête ? Si il a effacé de sa mémoire tout ce qui pouvait être compromettant ? Ou si il s'est interdit de révéler certaines choses auxquelles il a assisté afin de limiter son implication dans la guerre ?

Souvent quand on lit un témoignage, on a tendance à s'attacher à la personne, à éprouver quelque chose pour ce qu'elle a pu vivre. Là, peut-être parce que le récit manque d'émotion, et que Rochus Misch raconte son histoire avec beaucoup de détachement, je n'éprouve aucune sympathie pour lui, mais je ne le condamne pas non plus, puisque comme il le dit, il n'a jamais tiré sur qui que ce soit durant cette guerre, il n'a pas été impliqué dans l'élaboration des camps d'extermination. Il était simplement un soldat qui faisait ce qu'on lui demandait et on ne lui a jamais demandé de tuer ou d'emprisonner quiconque. Il n'était pas impliqué non plus politiquement et n'a jamais revendiqué une appartenance au NSDAP.
Avec le recul je me dis que ce sont à cause de personnes comme lui, qui oeuvrent sans le moindre discernement pour des personnalités politiques dangereuses telle Hitler, qu'on en arrive à faire de notre monde un sale endroit où vivre. Finalement, et malgré ce qu'il dit, Robert Misch a participé au façonnement d'un monde dans lequel je ne souhaite pas vivre.

En somme, son témoignage n'apporte pas grand chose à l'Histoire. Il ne permet pas de dresser un portrait d'Hitler, ni de nous donner une idée de ce qu'étaient les années 40 à 45 à Berlin, durant la guerre. Je suis plutôt déçue par ce témoignage.

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

samedi 6 janvier 2018

Coup de gigot et autres histoires à faire peur, Roald Dahl

Quatrième de couv' : Qui pourrait croire que derrière cette paisible ménagère, si tendre et si attentionnée avec son mari, se cache une terrible meurtrière ?
Et cette logeuse débordante d'amabilité et de gentillesse, comment ne pas lui faire confiance ? Mais attention ! Les apparences sont parfois trompeuses…
Voici quatre histoires à l'humour plutôt macabre dont la lecture vous fera frémir !

Mon avis : En classe de 5è j'ai lu la nouvelle Coup de gigot et je me souvenais du titre, mais pas de l'histoire. Quand je l'ai vu en librairie, je n'ai pas hésité longtemps et j'ai acheté le livre (3€, ça va !). Je me suis empressée de le lire et j'ai bien aimé.
Il s'agit d'un recueil de 4 nouvelles, au ton empreint de cynisme et d'humour noir.

- Coup de gigot est une nouvelle très courte, dans laquelle une jeune femme, enceinte de 6 mois, attend le retour du travail de son mari. Ce soir-là, rien ne se déroule comme d'habitude...
J'ai adoré l'aspect ironique de la situation finale. Je ne vous dévoile rien mais c'est très drôle !

- Tous les chemins mènent au ciel est une nouvelle mettant en scène un vieux couple, dont la femme n'a qu'une obsession : ne jamais arriver en retard. Fourberies, coups en douce, et détachement font de cette nouvelle un texte au suspense grandissant.

- La logeuse reprend les mêmes codes : le suspense qui grandit à mesure que l'histoire avance. Je crois bien l'avoir lu en première année de fac, mais en langue originale. L'auteur nous laisse deviner ce qui a pu arriver. C'est la nouvelle la moins explicite et qui laisse libre cours à notre imagination. Elle m'a tout de même laissé un goût d'inachevé, un peu comme si j'avais loupé quelque chose.

- William et Mary est une nouvelle bien particulière et présente peut-être même un aspect précurseur de ce que pourront ressentir les intelligences artificielles. Je dis ça, mais je suis sûrement influencée par le premier épisode de la saison 4 de Black Mirror qui vient de sortir.
Pour éclaircir mes propos, je vous raconte l'histoire : William a un cancer du pancréas, il lui reste peu de temps à vivre. Son ami, Landy, un neurochirurgien, veut tenter une expérience sur le cerveau de ce dernier, une fois décédé, afin de le maintenir en vie.
Cette nouvelle a un côté très glauque, fou et plus scientifique. J'ai été un peu décontenancée par l'idée de garder en vie un cerveau, et en retirant toute l'enveloppe corporelle, ne laissant pas la possibilité à celui-ci de s'exprimer verbalement.
Je pense aussi que la lecture de cette nouvelle par des enfants peut être traumatisante tellement c'est sale...

Je suis un peu déçue par le rôle que tiennent les femmes dans ces nouvelles : dans un premier temps dévouées à leurs maris, elles se révèlent être manipulatrices, calculatrices, avec une grosse part d'ombre. On a l'impression qu'elles se vengent de la façon dont leurs maris les ont traitées toute leur vie.
Les hommes ne sont pas en reste à vrai dire : ils sont colériques, rigides, égoïstes et paternalistes mais ils sont francs, directs, ils ne cachent rien.
Du coup je m'interroge un peu sur l'image des hommes et des femmes dans la littérature et plus généralement dans la vie...

Peut-être par nostalgie, ma nouvelle préférée est Coup de gigot.

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

Eleanor Oliphant va très bien, Gail Honeyman

Quatrième de couv' : Eleanor Oliphant est un peu spéciale.
Dotée d’une culture générale supérieure à la moyenne, peu soucieuse des bonnes manières et du vernis social, elle dit les choses telles qu’elle les pense, sans fard, sans ambages.
Fidèle à sa devise « Mieux vaut être seule que mal accompagnée », Eleanor évite ses semblables et préfère passer ses samedis soir en compagnie d’une bouteille de vodka.
Rien ne manque à sa vie minutieusement réglée et rythmée par ses conversations téléphoniques hebdomadaires avec « maman ».

Mais tout change le jour où elle s’éprend du chanteur d’un groupe de rock à la mode. Décidée à conquérir de l’objet de son désir, Eleanor se lance dans un véritable marathon de transformations. Sur son chemin, elle croise aussi Raymond, un collègue qui sous des airs négligés, va lui faire repousser ses limites.
Car en naviguant sur les eaux tumultueuses de son obsession amoureuse et de sa relation à distance avec « maman », Eleanor découvre que, parfois, même une entité autosuffisante a besoin d’un ami…

Mon avis : Je ne m'attendais pas à découvrir une pépite pareille dès début janvier ! Ma première lecture de l'année (après une BD) est une super lecture ! Honnêtement ça ne m'arrive pas souvent et je n'aurais pas parié que j'aimerais autant ce livre.

L'histoire est celle d'Eleanor Oliphant, jeune femme d'une trentaine d'années, comptable dans une boîte de design. Eleanor est "différente", elle m'a beaucoup fait penser à Sheldon Cooper. Elle prend tout au premier degré et a beaucoup de mal à comprendre le cynisme, les petites piques de ses collègues qui se moquent souvent d'elle. Elle a un problème assez important avec les relations sociales et la façon de se comporter en société : pour elle ce sont les autres qui ne sont pas polis alors qu'elle, a de bonnes manières.
Bref, pendant une grande partie du roman l'autrice nous dépeint un personnage qui a des avis bien tranchés sur ses contemporains, parce qu'elle ne comprend pas toujours leurs agissements.
Elle est très figée dans ses habitudes et dans sa façon de voir le monde, grandement influencée par les avis de "maman".

Un peu sorti de nul part, Eleanor tombe amoureuse d'un chanteur du coin, le type absolument pas fait pour elle, qui ne se prend pas pour de la merde... Elle va chercher à le rencontrer de la meilleure façon qui soit. Et ce "projet" va la porter pendant une partie du roman. Elle va commencer à se sentir femme : en achetant de nouveaux vêtements, en se faisant couper les cheveux, en apprenant à se maquiller, en testant une manucure ou une épilation (des passages hilarants d'ailleurs !).

Mais tout ceci n'arriverait pas sans l'intervention de Raymond, un collègue de travail informaticien, dont elle va faire la rencontre. Tous les deux vont venir en aide à un vieux monsieur qui s'est effondré sur le trottoir un vendredi soir. A partir de là, la vie d'Eleanor va s'enrichir de plus en plus socialement.

La suite je ne vous la raconte pas, mais on est face au quotidien d'un personnage, un peu comme dans un journal intime.

On oscille très souvent entre le rire et la compassion. Ce roman est parfois très drôle, mais c'est aux dépends d'Eleanor, et parfois il adopte un ton plus grave, voire dramatique, puisqu'elle va peu à peu en découvrir plus sur son passé. Un passé qu'on devine très difficile, et qui l'a poussée à se forger une carapace afin de ne pas être débordée par ses émotions.

L'autrice a un style simple, on se sent vraiment plongé dans l'histoire d'Eleanor, dans sa tête même. Personnellement je comprends certaines de ses interrogations sur les bonnes manières notamment. Tout comme la quête de sens qui va rendre Eleanor plus proche de ses émotions. Petit à petit c'est une femme qui baisse la garde, qui fait tomber les barrières, et qui se révèle à nous. On l'accompagne, d'abord en riant d'elle, puis en ayant beaucoup plus de compassion et finalement d'attachement pour ce personnage qui pourtant si atypique, nous semble de plus en plus proche de nous.

Son histoire nous est livrée complète à la fin du roman, et même si certaines révélations auraient mérité de plus amples développements, j'ai tout de même adoré que l'autrice prenne le temps de distiller des indices çà et là et de maintenir un léger suspense jusqu'au bout.

J'ai beaucoup aimé la façon dont se développe son amitié avec Raymond. On en sait peu sur lui, mais le peu que l'on découvre nous invite à penser qu'il est un bon ami, un type gentil, protecteur et attentionné. Contrairement à d'autres personnages du roman, il ne juge pas Eleanor.
On évoque rarement dans la littérature les railleries et les moqueries dont sont victimes certains adultes, souvent dans le cadre du travail, pourtant ça arrive encore malheureusement, créant une ambiance néfaste, et poussant ces personnes à se replier de plus en plus sur elles-mêmes.
Et finalement il suffit d'une personne pour aider à retrouver (ou trouver) sa force et s'accepter tel qu'on est. C'est dans ce contexte que Raymond va intervenir, et va faire preuve de patience et de compassion pour Eleanor.

On est très loin des clichés des feel-good books, c'est un livre sérieux qui ne cherche pas à tout prix à faire du positif pour qu'on se sente mieux. Non, avec Eleanor on traverse des émotions qui nous touchent, nous bouleversent mais c'est surtout pour elle, pour ce personnage qu'on éprouve de la tendresse. C'est elle le sujet et pas le lecteur qui devrait à tout prix s'identifier pour se sentir mieux. Là on ressent de nombreuses émotions qui sont dédiées à Eleanor (pas à nous-mêmes, je ne sais pas si c'est très clair).

Ce roman sur la résilience m'a énormément plu. Autant par son aspect dramatique que par son côté comique. Tout est justement dosé, parfaitement équilibré. C'est émouvant, authentique.
C'est à regret que je quitte Eleanor et Raymond.

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

samedi 30 décembre 2017

Qui es-tu Alaska ? John Green

Quatrième de couv' : Miles Halter a seize ans mais n'a pas l'impression d'avoir vécu. Assoiffé d'expériences, il quitte le cocon familial pour le campus universitaire: ce sera le lieu de tous les possibles, de toutes les premières fois. Et de sa rencontre avec Alaska. La troublante, l'insaisissable Alaska Young, insoumise et fascinante.

Amitiés fortes, amour, transgression, quête de sens: un roman qui fait rire, et fondre en larmes l'instant d'après...

Mon avis : Ce roman était dans ma wishlist depuis super longtemps, bien avant que je ne devienne libraire. J'ai eu maintes fois l'occasion de l'emprunter, mais le résumé ne m'attirait plus autant que la première fois où j'ai entendu parler de ce livre. Jusqu'à ce que je conseille à ma mère de l'offrir à ma cousine de 16 ans. Je m'étais dit "John Green, valeur sûre, ça va lui plaire".
Mais la curiosité l'emportant, j'ai aussi acheté le livre pour moi et je me suis décidée à le lire, parce que je voulais savoir si mon conseil était bon ou en tout cas valable pour son âge...

J'avoue m'être un peu plantée parce que je n'ai pas été du tout touchée ni vraiment emballée. Je le reprenais un peu à reculons, en mode "faut le finir, c'est le 200è livre lu en 2017" (moi je compte aussi les recueils de nouvelles, les BD, les courts romans pour enfants et les albums jeunesse que j'ai lus en masse au boulot en début d'année).
J'ai été un peu "choquée" par certains passages qui évoquent la sexualité, je trouvais ça trop frontal, trop cru, peut-être parce que je l'ai conseillé à une personne qui dans ma tête a toujours 10 ans ?! Après réflexion je me suis souvenue avoir lu des choses bien plus trash à l'âge de 15 ans, donc bon à 16 ans si on n'a jamais entendu parler de porno, c'est qu'on vit dans une grotte, non ?

Bref.
Alors pourquoi un tel désintérêt ?
Je pense que je ne suis pas le bon public pour ce roman.
Déjà l'histoire est du point de vue d'un adolescent originaire de Floride de 16 ans, qui va se rendre dans un lycée en Alabama, cherchant son indépendance pour trouver ce qu'il nomme "le Grand Peut-Être", et sortir de sa routine en fait. J'ai surtout trouvé qu'il voulait grandir trop vite, mais je dis ça en ma qualité d'adulte de 27 ans qui préfèrerait en avoir encore 14 afin d'éviter toutes les emmerdes de la vie d'adulte.

Ensuite je n'ai pas réussi à ressentir d'empathie pour les personnages. Je n'ai pas vu l'amour que Miles ressent pour Alaska. Ok il la trouve belle et formidable, mais un peu comme si il avait un coup de coeur, pas un réel intérêt pour cette fille qu'il connaît si peu.
Alaska est présentée de façon assez superficielle. Elle est magnétique (du point de vue de Miles), mais l'est-elle vraiment ? On dirait que Miles refuse de voir la vraie Alaska, celle qui est blessée par la vie, mais aussi froide, autoritaire, inconstante, séductrice, et qui boit trop.
En fait la psychologie des personnages est assez peu approfondie et c'est bien dommage !

La relation entre Le Colonel et Miles (appelé Le Gros, parce qu'il est maigre, ce qui ne m'a pas paru très intelligent) arrive très rapidement. Ils ne se connaissent pas, vont vivre dans la même chambre durant une année et pourtant Le Colonel traite Miles comme si ils se connaissaient depuis toujours et ça me semble peu réaliste. Son intégration dans ce nouveau lycée est trop simple, trop rapide. Cependant j'ai trouvé vers la fin leur relation plus touchante. J'imagine que partager un événement si particulier renforce les liens.

Et puis j'ai vite compris que le texte allait être divisé en 2 parties suite à un événement assez fort. J'ai d'ailleurs deviné plusieurs choses avant qu'elles n'arrivent aux personnages ou qu'eux-mêmes les comprennent. Donc pour le suspense on repassera.

Par contre je trouve que l'intrigue se tient, elle est bien menée même si c'est très académique dans la forme. Miles est le garçon américain typique, the boy next door un peu, bon élève, il ne faisait pas de vagues jusqu'à avoir envie de savoir où sont ses limites.
Ce que j'aime c'est que l'auteur décide de ne pas épargner les adolescents en leur parlant de choses qui arrivent dans la vie et auxquelles on se retrouve confrontés sans aucune préparation. Il les invite à réfléchir au sens de la vie, à la meilleure façon de la vivre.

Je ne dis pas que c'est un mauvais livre. Je pense qu'il ne m'a pas parlé, parce que j'ai passé l'âge, l'adolescence avec les premiers émois, les découvertes de la sexualité, les bêtises pour transgresser les règles et puis même la quête de sens ne m'a pas vraiment intéressée. Je me suis ennuyée et ça arrive !

Je pense que l'écriture de John Green a bien évolué et que Tortues à l'infini est plus abouti au niveau des messages positifs qu'il véhicule, que Qui es-tu Alaska ? Aujourd'hui, je suis certaine que John Green ne surnommerait plus ses personnages Le Gros ou le Nippon, en référence à une particularité physique ou à l'origine.

Je serais curieuse d'avoir vos retours sur ce roman, et de savoir à quelle période de votre vie vous l'avez lu ?

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

mercredi 27 décembre 2017

L'aube sera grandiose, Anne-Laure Bondoux

Quatrième de couv' : Une nuit entière de révélations pour une épopée familiale jubilatoire !

Titania emmène sa fille, Nine, seize ans, dans une mystérieuse cabane au bord d'un lac. Il est temps pour elle de lui dévoiler des événements de sa vie qu'elle lui avait cachés jusqu'alors.
Nine écoute, suspendue aux paroles de sa mère. Flashback, anecdotes, personnages flamboyants, récits en eaux troubles, souvenirs souvent drôles et parfois tragiques, bouleversants, fascinants secrets...
Peu à peu jaillit un étonnant roman familial, qui va prendre, pour Nine, un nouveau tour au petit matin...

Une histoire qui vous tiendra en haleine jusqu'au bout de la nuit.

Mon avis : J'ai pris ce livre au boulot, c'était un SP dont personne ne voulait, j'ai demandé si je pouvais l'avoir et on m'a répondu que je pouvais l'emmener et le garder chez moi.

J'ai bien fait parce qu'en plus d'avoir une jolie couverture, il est aussi très bien écrit.
Contre son avis, Titania emmène sa fille Nine dans une cabane au bord d'un lac. A cause d'elle, Nine s'apprête à rater la plus grosse soirée de sa vie ! Mais l'adolescente va vite réaliser que si sa mère l'a emmenée ici c'est pour lui révéler quelque chose d'important.
Au terme de cette nuit, Nine en aura appris plus sur la famille de sa mère qu'en 16 ans.
C'est une histoire que va lui dérouler Titania, autrice de romans policiers. Pourtant ce ne sera pas une histoire inventée comme Titania a l'habitude d'en écrire, mais bien des souvenirs et un profond secret.

Je n'avais jamais lu de livres d'Anne-Laure Bondoux et pourtant tous les booktubers en parlent. Je dois encore avoir un train de retard...
L'écriture est simple, on n'assiste pas à un récit plein de ficelles scénaristiques évidentes, l'autrice déroule simplement une bobine avec le monologue de Titania. Par cette voix, l'autrice nous tient en haleine, parce qu'on veut savoir ce qui a poussé cette famille à se retrouver dans cette cabane. L'histoire prend des allures de conte tant on est suspendu aux lèvres de Titania.
On navigue à travers les époques au rythme des changements de président ou des évolutions de la société.
Au bord de ce lac, où le réseau ne passe pas, on se déconnecte totalement comme Nine et sa mère.
La fin est peut-être un poil rapide et précipitée, j'aurais aimé en savoir plus sur la rencontre finale.

J'ai bien aimé les portraits d'hommes et de femmes qui sont décrits dans cette histoire. Les femmes sont fortes, bien qu'abîmées par la vie, les hommes ont aussi eu leur part de souffrances et malgré tout, chacun arrive à trouver sa voie. Tous sont attachants et j'ai aimé les retrouver au fil du temps, savoir ce qu'ils sont devenus.

Je crois que j'aime assez les histoires de famille et les parcours de vie parsemés de secrets, de difficultés et d'échecs, parce que c'est crédible. En plus de ça, il y a de l'optimisme et de la poésie qui se dégagent de cette histoire. Bref, un roman dont j'espère me souvenir longtemps.

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

mardi 26 décembre 2017

Lettres de l'intérieur, John Marsden

Quatrième de couv' : Mandy et Tracey ne se sont jamais rencontrées, mais elles connaissent tout l'une de l'autre. Les deux ados ont entamé une correspondance à la faveur d'une petite annonce postée dans un magazine. Depuis, elles s'échangent des lettres souvent joyeuses et se confient leurs espoirs, leurs doutes, comme si elles se connaissaient depuis toujours.
La vie de Tracey semble parfaite. Une famille géniale, un petit copain sexy, des vacances de rêve et de l'argent à profusion... Trop beau pour être vrai ? C'est à se demander.
D'ailleurs, Tracey se contredit parfois dans ses propos. Elle trouve toujours une excuse pour ne pas envoyer sa photo et se sert d'une adresse en poste restante... Mandy finit par douter. Sa nouvelle amie pourrait bien avoir tout inventé.
Alors qui est la véritable Tracey ? Qui se cache derrière ses lettres ?

Mon avis : Vous commencez peut-être à connaître mon amour pour les éditions Ecole des Loisirs. Je n'avais jamais entendu parler de ce livre, pourtant il est sorti en 1998 pour la première fois. Il est paru à nouveau à l'été 2016 et je suis encore passée à côté... jusqu'à fin novembre 2017 où je suis allée en librairie histoire de passer le temps et me procurer quelques romans ado.
Je suis tombée sur ce roman par hasard, et le résumé m'a complètement intriguée.

Il s'agit d'un roman épistolaire entre deux jeunes filles australiennes qui doivent avoir 16 ou 18 ans. Elles ne se connaissaient pas, mais l'une d'elle a passé une petite annonce dans un magazine comme ça se faisait souvent à l'époque, pour entrer en contact avec de nouvelles personnes. C'est Mandy qui va lui répondre et elles vont commencer à se raconter leurs vies.
Mais peu à peu, Mandy va se poser des questions sur Tracey, qui parfois se contredit. Elle va obtenir des réponses qui au lieu de lui donner envie de couper court à l'échange, vont l'amener à poursuivre pour découvrir qui est réellement Tracey.

Personnellement j'ai été un peu déçue par la révélation. Je m'attendais à totalement autre chose et même si la suite m'a intéressée, j'avoue avoir perdu un peu d'intérêt pour le livre.
Ensuite un second problème s'est posé : la fin ouverte. J'ai trouvé les éléments qui l'amenaient assez mal distillés au fil des lettres et ne créaient pas de véritable suspense.


A travers leurs lettres, le caractère des deux jeunes filles se dévoilent, ainsi que leur passé et leur contexte familial. J'aime bien ce format épistolaire, il permet d'en montrer suffisamment, sans s'encombrer de descriptions très détaillées. Cependant l'avancée de l'histoire n'est pas toujours bien maîtrisée : la première partie s'étire en longueur, puis la seconde manque de suspense.
Au final on ne sait toujours pas pourquoi Tracey est dans la situation dans laquelle elle se trouve et c'est pourtant la seule chose qui maintenait mon intérêt.

J'ai bien aimé l'amitié qui se développe au fil des lettres. Les deux filles sont finalement très attachées l'une à l'autre, bien qu'elles ne se soient jamais vues.


C'est une bonne histoire mais qui possède des lacunes. On manque d'informations à certains endroits et on est noyé sous d'autres... Il y a, malgré tout, une réflexion assez profonde sur l'adolescence, les conditions de vie au sein d'une famille, et ce roman peut parler à pas mal d'adolescents.


La fiche du livre sur le site de l'éditeur (n'allez pas lire leur résumé, il révèle bien trop de choses de l'intrigue. A mon avis, il vaut mieux y aller les yeux fermés)

mardi 12 décembre 2017

Oscar et la dame rose, Eric Emmanuel Schmitt

Quatrième de couv' : Oscar a dix ans et il vit à l’hôpital. Même si personne n’ose le lui dire, il sait qu’il va mourir. La dame rose, qui le visite et « qui croit au ciel », lui propose d’écrire à Dieu pour qu’il se sente moins seul.

A travers cette correspondance originale, le récit aborde, du point de vue de l’enfance, des questions philosophiques et existentielles : la maladie, la souffrance et la mort, la rencontre avec l’autre et avec le mystère…
Les nombreux passages de paroles rapportées permettront aux élèves de découvrir ou d’approfondir les techniques du dialogue argumentatif.
L’appareil pédagogique est suivi d’une interview exclusive de l’auteur.


Mon avis : L'année se finit bientôt et avec le boulot je n'ai plus le temps de lire. (Ma priorité va au sommeil). J'ai profité de mon jour de repos pour avancer dans mon nombre de livres lus en 2017 (195 jusqu'ici ! - en comptant les albums jeunesse, les BD et courts romans pour enfants), du coup je triche un peu en lisant un roman très très très court.

Cependant c'est à double tranchant : ce livre ne m'a pas convaincue car il manque cruellement de profondeur, de background, et il n'a pas su me toucher. Mais alors pas du tout !
Pourtant l'auteur joue sur la corde sensible : Oscar a 10 ans, un cancer incurable et ce sont ses derniers jours. Il est entouré d'une dame rose, Mamie-Rose, qui est une bénévole venant rendre visite aux enfants malades dans les hôpitaux. Poussée par Mamie-Rose, il va écrire chaque jour une lettre à Dieu, lui qui n'y croit pas, afin de lui raconter ses derniers jours, ses peines, ses voeux.

J'ai bien aimé la forme, le récit se compose de lettres, mais je trouvais ça assez peu crédible, qu'un petit garçon en phase terminale, fatigué, prenne la peine d'écrire ce qu'il fait de ses journées...
Je n'ai pas tellement trouvé crédible le ton employé par ce garçon de seulement 10 ans ! On dirait qu'il parle comme un ado. Il est effronté et rejette en bloc ses parents. Alors autant je peux trouver ça crédible qu'on soit malheureux d'être malade et qu'on réagisse ainsi, autant je trouve que sa façon de s'exprimer n'est pas celle d'un enfant de cet âge.

Ce livre est bourré de foi, de croyance en Dieu. Si au début Oscar n'y croit pas, il va se prendre au jeu et son apaisement vis à vis de sa maladie passera par la religion !
Personnellement je n'aime pas que la religion soit abordée dans un roman pour ado/jeunes adultes. Chacun doit faire ses choix religieux en connaissance de cause mais j'estime que ce n'est pas à l'auteur de roman, de fiction, de séduire les plus jeunes avec ses mots sur la foi.

L'histoire est intéressante bien qu'on se doute de la façon dont ça va se finir. Je suis déçue de ne pas avoir été touchée, mais c'est souvent le cas avec ce genre de livres, je vois trop que l'auteur veut émouvoir et je mets directement une barrière entre l'histoire et moi.
Je ne comprends pas tellement pourquoi tout le monde a aimé, alors si vous voulez m'éclairer sur ce sujet, les commentaires sont ouverts !

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

mercredi 6 décembre 2017

I.R.L., Agnès Marot

Quatrième de couv' : Je lève la main jusqu’à mon visage, laisse échapper un cri. À chacun de mes doigts, à chacune de mes phalanges, un filin brille sous le soleil timide qui pénètre dans la pièce. Je traverse la paroi aussi facilement qu’on soulève un rideau, les mains déjà tendues en avant. Au moment où mes doigts se posent sur le pavé tactile où brillent des boutons multicolores, je suspends mon geste, pétrifiée par l’angoisse. 

Je m’appelle Chloé Blanche et j’ai grandi à Life City. Comme tous ses habitants, j’ignorais que nous étions filmés en permanence. J’ignorais que nous étions un divertissement pour des milliers et des milliers de foyers. J’ignorais que nous étions les personnages de Play Your Life, l’émission qui fait fureur hors de Life City, IRL. J’ignorais surtout à quel point nous étions manipulés. Puis j’ai rencontré Hilmi, le nouveau à la peau caramel. Le garçon qui faisait battre mon cœur, mais que ceux qui tirent les ficelles ne me destinaient pas. C’est ainsi que j’ai découvert ce que nous étions, à Life City : les personnages d’un immense jeu vidéo.

Une quête de liberté dans un monde d'apparences


Mon avis : Je souhaitais lire ce roman depuis longtemps, mais je n'en avais jamais pris le temps. Je l'ai emprunté à la bibliothèque pour pouvoir le lire, avant de commencer mon boulot vendredi.

C'est un roman de science-fiction, mêlé à une romance. Chloé est amoureuse d'Hilmi. Mais au moment où leur amour naît, elle va découvrir que des caméras filment son quotidien et celui de tous les habitants de sa ville. Très vite elle réalise aussi que quelqu'un contrôle ses émotions.
Chloé se rend compte qu'elle est un personnage de jeu vidéo et que sa vie est scrutée dans le moindre détail par des téléspectateurs. Elle va alors tenter de se battre pour sa liberté.

Le roman est assez complexe : ce qui a été difficile à appréhender pour moi c'est qu'il s'agit d'un jeu vidéo, qui est aussi diffusé sous forme d'émission. Et comme ça se passe en 2088-89, je ne sais pas si on peut vraiment parler de télévision, en tout cas, c'est diffusé sur des écrans. Pour moi c'était compliqué à appréhender qu'on puisse regarder un jeu vidéo sur écran, sans y participer en tant que joueur...

Un autre aspect qui a été compliqué à suivre c'est que les personnages du jeu vidéo, ont une vie et une personnalité propre, en toute autonomie, quand ils ne sont pas dirigés par les joueurs.
Une fois qu'on a saisi ça, la compréhension du roman est plus facile, mais pas forcément très aisée, pour moi ça a été une véritable gymnastique mentale à chaque chapitre...


J'ai trouvé des longueurs, bien qu'il y ait des ellipses temporelles.
Sinon manque de crédibilité quand Chloé passe 2 mois dans le monde réel, sans nourriture, dans la nature, avec un chat abandonné. En plus, l'autrice ne nous explique pas comment elle a pu se retrouver dans cette situation, ni comment elle a pu survivre 2 mois ainsi. J'ai trouvé ces passages longs et peu intéressants, tout comme sa rencontre avec la population pauvre qui ne bénéficie d'aucune avancée technique. J'ai d'ailleurs failli abandonner le roman à ce moment-là car il prenait une tournure inattendue qui ne me plaisait pas.


Il y a aussi beaucoup d'allers-retours entre les différents moments : parfois on est en Février 2089, d'autres fois au printemps 2088. Parfois on est dans le monde réel, d'autres fois dans le monde virtuel. On peut facilement se perdre dans la chronologie des événements. Ce découpage donne du rythme et ça relance l'action, mais c'est un poil dur à suivre.
A un moment je me suis dit "tiens il me reste encore 100 pages ?" alors que je pensais que le livre pouvait se finir sur la 2è partie... Donc je me suis forcée à aller jusqu'au bout mais sans grand entrain.


J'ai trouvé dommage que ce soit localisé sur une seule ville, dans le monde réel. Il semblerait qu'Arn Rinku, le "grand méchant" de l'histoire n'ait pas étendu sa main-mise au-delà de la ville qu'il dirige, et je n'ai pas trouvé ça très logique... D'autant plus qu'il est le seul méchant. Comme si ce genre d'intrusion dans la vie des humains n'impliquait pas une tripotée de chefs politiques ou de dirigeants d'entreprises innovatrices ! En fait j'ai trouvé ça assez peu crédible qu'il n'y ait qu'un seul homme mauvais qui soit à l'origine de tout ! Son influence sur la société est peu remise en question, il n'y a qu'un journaliste qui s'oppose à lui et c'est à peu près tout. Tout le monde le suit mais sans s'impliquer ! Et c'est ce que j'ai trouvé peu crédible, car pour qu'une société aille dans ce sens il faut que ce soit une accumulation et une multiplication de facteurs qui causent ces nouvelles problématiques...
(bon je vois que je vous raconte ça en essayant de ne pas spoiler et vous ne devez rien comprendre...)


Pour en revenir aux personnages je ne les ai pas spécialement appréciés. Que ce soit Chloé, Hilmi, Whisper ou même Cindy, je les ai trouvé assez creux, mais c'est peut-être parce que l'autrice s'est concentrée sur l'action et la mise en place de thématiques lourdes et imbriquées.

Une chose qui me parait très paradoxale : obtenir sa liberté en portant un bracelet. Je sais pas vous, mais moi dès que je porte une montre à mon poignet je me sens prisonnière de mes mouvements. Le bracelet me fait penser à des menottes, donc je trouve ça particulièrement étrange que la liberté des IA passe par le port d'un bracelet.


Il y a une très grosse réflexion à avoir sur diverses thématiques abordées dans ce livre, et je n'ai pas le recul nécessaire pour en parler à chaud. Il est question des Intelligences Artificielles, dotées d'émotions et de sentiments... Il est question de réalité virtuelle, de télé-réalité, d'intrusion dans la vie privée. Mais aussi de manipulation, de contrôle de l'autre. Et de l'implication des nouvelles technologies dans nos vies : sont-elles là pour notre sécurité ou pour limiter nos libertés individuelles ?


Je pense qu'il faut être déjà assez âgé pour pouvoir lire ce livre (vers 17 ans je dirais), avoir une solide culture geek (référence au Truman Show, aux Sims, à Second Life) et culture littéraire (La Dispute de Marivaux, 1984 de George Orwell, etc.).
La frontière entre le réel et le virtuel est assez mince et il peut être compliqué de s'y retrouver si on n'a pas l'habitude de lire ce genre de romans.
Je me suis souvent sentie larguée, peu impliquée, bien qu'il y ait de nombreux rebondissements, mais je crois que la tournure de l'histoire ne m'a pas plu.
Ce n'est pas un mauvais roman, je suis sûre qu'il trouvera son public.

La fiche du livre sur le site de l'éditeur

dimanche 3 décembre 2017

Phobos, Victor Dixen

Quatrième de couv' : Six prétendantes. 
Six prétendants.
Six minutes pour se rencontrer.
L'éternité pour s'aimer.

Ils veulent marquer l'histoire avec un grand H. 

Ils sont six filles et six garçons, dans les deux compartiments séparés d'un même vaisseau spatial. Ils ont six minutes chaque semaine pour se séduire et se choisir, sous l'oeil des caméras embarquées. Ils sont les prétendants du programme Genesis, l'émission de speed-dating la plus folle de l'Histoire, destinée à créer la première colonie humaine sur Mars.

Elle veut trouver l'amour avec un grand A. 

Léonor, orpheline de dix-huit ans, est l'une des six élues. Elle a signé pour la gloire. Elle a signé pour l'amour. Elle a signé pour un aller sans retour...

Même si le rêve tourne au cauchemar, il est trop tard pour le regretter.


Mon avis : Toujours dans l'optique de lire de la littérature jeunesse afin de conseiller au mieux les clients, j'ai décidé de varier mes emprunts en bibliothèque et de prendre ce livre. J'avais des a priori dessus, du style que ça n'allait pas me plaire parce que ça se déroule dans l'espace, que ça allait être technique, complexe, etc. 

Finalement je suis contente de l'avoir emprunté et découvert, surtout maintenant que tous les tomes sont sortis (enfin je crois qu'il n'est pas prévu de cinquième tome, détrompez-moi si vous savez). 

L'intrigue m'a plu : 6 filles et 6 garçons sont envoyés dans l'espace à bord du Cupido, afin de peupler Mars (à terme). Ils sont filmés et l'émission est diffusée mondialement. Leur mission : trouver le partenaire adéquat à l'issue de speed-datings. 
Mais les choses ne sont pas si simples... Et on va découvrir, grâce à de nombreux rebondissements que certains personnages ont pas mal de choses à cacher. 
Le lecteur est spectateur des speed-datings, de la vie de Léonor dans le Cupido, ainsi que des magouilles de la production, et à plus grande échelle, de magouilles politiques... Victor Dixen met en place une histoire riche et qui possède différents arcs narratifs. 

C'est une lecture addictive, le rythme et l'alternance des points de vue nous pousse à continuer la lecture. 

Le style est très visuel, j'avais parfois l'impression de lire un scénario. Il y a vraiment un aspect cinématographique dans l'écriture et on ne se perd pas en longues descriptions de l'espace ou du bunker de cap Canaveral. 

Les dialogues ne sont pas très bons malheureusement. L'auteur insère des explications sur le déroulement de la mission, au sein de dialogues. Or les personnages présents dans la scène, sont censés être déjà au courant de ce déroulement ! Du coup ça rend les dialogues lourds et peu naturels. Il aurait mieux valu qu'un narrateur omniscient explique tout ça au lecteur plutôt que les personnages le fassent eux-mêmes dans des dialogues. Il y a par ailleurs de nombreuses répétitions à cause de cette façon de mettre en forme les explications qui sont destinées au lecteur. Un peu comme si on était trop bêtes pour se rappeler de ce qu'on a lu dans les pages précédentes...

Il y a aussi quelques approximations de vocabulaire, certaines phrases qui marchent en anglais et et écrites comme si elles étaient traduites littéralement, du style "ça fait sens pour toi ?", désolée, mais en français on ne dit jamais ça, à moins d'avoir été influencé par la langue anglaise. 

Il faut aussi avouer que les personnages adultes faisant partie de la production, ont tous une sale image. Les hommes sont misogynes, tandis que l'une des femmes est manipulatrice et l'autre une fervente religieuse qui s'offusque d'un rien. La dichotomie entre les deux groupes de personnages (les adultes magouilleurs d'un côté et les jeunes adultes gentils et manipulés de l'autre) est bien trop évidente et pas très réaliste. Ça fait un peu "grand méchant de cinéma" qui n'ont rien de subtil. 

Autre chose, concernant les personnages : j'ai été plutôt déçue qu'on ne sache rien des garçons. Vu que toute l'histoire se passe du point de vue de Léonor (du moins pour les scènes dans le Cupido), on ne connait les personnages qu'à travers son regard, ce qui est assez limité. 
On ne connaît pas grand chose de leur caractère, surtout qu'elle-même ne rencontre chaque garçon qu'une fois de temps en temps et seulement pendant 6 minutes. Ça fait très peu pour nous laisser le temps de découvrir le caractère ou le passé de ces garçons. 
Du côté des filles, Léonor étant un personnage solitaire, elle a peu de relations avec les 5 autres filles. Kris est présentée comme son amie la plus proche, puisqu'elles se sont liées durant leur année de préparation, mais une fois dans l'espace on assiste à très peu de scènes entre elles. On dirait que les filles n'ont tissé aucun lien. Ou en tout cas, leurs liens ne sont pas du tout exploités. Alors que le sujet du roman c'est quand même d'avoir 12 personnages dans un vaisseau, garçons d'un côté, filles de l'autre, se mettant en concurrence pour obtenir l'attention de l'autre... Ça devrait donner lieu à beaucoup plus de scènes d'émotion, de discussion, de relation ! Et là, on dirait qu'ils sont tous chacun dans leur coin, et qu'ils ne se croisent pas. C'est bien dommage de ne pas avoir exploité l'aspect relationnel. 

Mais voilà même si ce roman a clairement de gros défauts, tout s'enchaîne avec une grande fluidité, l'auteur nous tient en haleine et on a envie de connaître la suite. 

mardi 28 novembre 2017

Là où tombent les anges, Charlotte Bousquet

Quatrième de couv' : Solange, dix-sept ans, court les bals parisiens en compagnie de Clémence et Lili. Naïve, la tête pleine de rêves, elle se laisse séduire par Robert Maximilien et accepte de l’épouser. Mais son prince est un tyran jaloux, qui ne la sort que pour l’exhiber lors de dîners mondains.
Coincée entre Robert et Emma, sa vieille tante aigrie, Solange étouffe à petit feu. Quand la Première Guerre mondiale éclate, Robert est envoyé sur le front. C’est l’occasion pour Solange de s’affranchir de la domination de son mari et de commencer enfin à vivre, dans une ville où les femmes s’organisent peu à peu sans les hommes…

Mon avis : Je suis un peu partagée... J'ai bien aimé ce roman, mais pendant une centaine de pages j'ai dû m'accrocher car j'ai eu du mal à saisir où l'autrice voulait nous emmener avec son début de roman. 

Le début est plat et manque de rebondissements qui m'embarqueraient. A la réflexion, c'est une impression qui s'étend sur une grande partie du roman : il y a quelques rebondissements mais ils sont racontés avec un tel détachement que je ne me suis pas assez sentie impliquée dans l'histoire. 
Peut-être est-ce à cause des différentes formes de narration : on a un narrateur externe qui ne raconte que le quotidien de Solange, mais Solange se raconte aussi dans son journal intime, puis on trouve un grand nombre de lettres échangées entre différents personnages, personnages qu'on ne connaît pas trop (Marthe, Pierre, même Clémence). C'est peut-être ça qui m'a semblé bizarre : ces lettres nous permettant d'avancer dans le temps et de mieux connaître les relations entre personnages, bien qu'on ne les connaisse pas dans leur vie quotidienne. 
Je pense que j'aurais préféré un narrateur omniscient qui raconterait le quotidien de tous les personnages, avec quelques lettres ici et là. 
Je n'ai pas saisi la portée des textes présentés en début de chaque chapitre. Hormis qu'ils sont tirés de véritables journaux ou livres de l'époque, j'ai trouvé qu'ils n'apportaient rien, pas d'indices sur ce qui allait se dérouler dans le chapitre. 

J'avoue avoir eu une préférence pour la période de la guerre. 
L'avant-guerre nous fait découvrir une jeune femme, Solange, qui est venue vivre à Paris pour échapper à un père violent. Souhaitant à tout prix se sortir de sa condition de petite couturière mal payée, elle accepte d'épouser un homme qu'elle n'aime pas, Robert Maximilien. Elle s'installe chez lui, où vit aussi sa tante, Emma, une vieille femme devenue aveugle. 
La situation n'est pas top : Solange se sent prisonnière de son mari qui ne supporte pas qu'elle ait une vie en dehors de lui. Il ne la laisse pas sortir, même pour retrouver ses amies, qu'il n'apprécie pas. Solange a cependant une vie à l'abri de tout problème financier, contrairement à la plupart de ses amies. 
La guerre arrive, mobilisant tous les hommes en âge et en capacité de combattre. Son mari part, c'est alors un soulagement pour elle. Peu à peu, ses relations avec la tante s'améliorent et Solange se rend compte qu'elle ne sait rien d'elle. Elles vont se découvrir durant 4 ans, et Solange fera plus attention aux femmes, à ses amies qui l'entourent. 
Son mari éloigné par les combats sur le front, Solange va se révéler à elle-même : apprenant à jouer du piano grâce à la tante Emma, soucieuse d'autrui et inquiète pour les femmes vivant dans des conditions bien plus modestes qu'elle, elle va se lancer dans le journalisme, apprendre l'anglais, s'occuper d'un petit chat blessé, etc. 
Solange s'émancipe d'un point de vue culturel et intellectuel, elle va s'engager pour dénoncer ce qu'elle voit chez ses amies. Elle se trouve enfin, son caractère s'affirme, ses désirs aussi. Elle trouve la force en elle de ne plus accepter certaines choses. (A ce propos, son acte à la fin m'a déçue. J'aurais préféré qu'elle prenne simplement la fuite). 

C'est vraiment cette partie de 1914 à 1918 que j'ai aimé, car l'après-guerre m'a moins plu. 
J'ai aimé connaître les conditions des hommes dans les tranchées à travers les lettres de quelques-uns. Certains se rendent compte de la difficulté de la vie pour les femmes, d'autres non et s'imaginent qu'elles se la coulent douce en attendant le retour des hommes. 
J'ai trouvé intéressant la position des femmes en temps de guerre : contraintes de travailler (souvent pour une misère), c'est aussi comme cela qu'elles s'émancipent, au point que le gouvernement commence à prendre peur et enferme certaines féministes !
Elles ont aussi très peur de ne pas revoir leurs maris. Certaines, comme Clémence, très attachées à leur compagnon, vivent dans l'angoisse permanente d'apprendre leur décès sur le champ de bataille. 
Entre les poilus défigurés, blessés, amputés et les combattants morts, ou ceux fusillés pour désertion, on se rend compte à quel point les femmes doivent rester fortes pour survivre sans les hommes ou avec des hommes qui ont vécu trop d'horreurs pour mener une vie normale après-guerre. 
Les atrocités ne s'arrêtent pas le 11 Novembre 1918, puisque la grippe espagnole a décimé une grande partie de la population entre 1918 et 1919, hommes comme femmes. 

J'ai bien aimé l'amitié entre Lili et Solange. Si dès le départ on sait qui est la plus audacieuse et exubérante, Solange s'affirme au fil du temps et elle parvient à exprimer son avis quand Lili commence à l'agacer. J'ai trouvé ça assez réaliste que leur amitié soit faite de moments de silence et de distance, d'autres où elles se pardonnent leurs erreurs passées, d'autres où elles se soutiennent. Bien que leurs caractères soient très différents, et qu'on pourrait croire que leur amitié n'y résistera pas, finalement elles passent par toutes les étapes d'une relation amicale qui n'est pas linéaire. 

J'ai bien aimé Solange, malgré son caractère qui peut sembler fade et soumis au départ, sa façon de s'affirmer loin de son homme, par la culture et ses amitiés, en fait un personnage intéressant et réaliste. C'est une fille qui devient femme, qui apprend des autres, et qui se soucie des autres. Notamment de la tante Emma, avec qui elle ne s'entend pas au départ, puis à force de vivre ensemble, Solange va lever le voile sur le passé d'Emma, qui était pour son époque, une femme forte et émancipée. Elle va devenir une alliée qui aidera Solange à mettre un terme à ses souffrances. 

J'aurais aimé en savoir plus sur la relation entre Pierre et Clémence, qui ressemble à la relation idéale !  Sauf quand Pierre est sur le front... mais même là leurs lettres sont très belles et touchantes. Il y a d'ailleurs un léger suspense quant à leur histoire, j'espérais de tout coeur que Pierre revienne de la guerre sans égratignure. Tout comme j'espérais que Robert, le mari de Solange n'en revienne pas...

Ce roman est bien documenté, mais j'ai l'impression qu'on sait déjà beaucoup de choses sur la Première Guerre mondiale (bien plus que sur celle de 1870 par exemple) avec le centenaire du début de la guerre qui a eu lieu il y a 3 ans. Si vous voulez compléter votre connaissance de cette période il existe le recueil Paroles de Poilus, qui est très intéressant à lire, pour connaître l'autre partie de l'Histoire, celle vécue par les hommes au front. 

La condition des femmes durant la Première Guerre mondiale est représentée par de nombreux personnages : de l'infirmière courageuse à la bourgeoise un peu froide dont le mari est sur le front, en passant par la chanteuse exubérante qui doit redonner de l'espoir aux soldats, ou par les munitionnettes qui risquent leur vie en fabriquant le matériel militaire. 
Cette période a permis l'émancipation de nombreuses femmes et ce roman ne manque pas de nous le montrer à travers ces personnages forts qui vivent à "l'Arrière". 

Pour moi, il est important de lire ce roman, dans le sens où les droits des femmes ont grandement changé depuis 1914, et c'est en partie grâce à cette guerre et aux mouvements d'émancipation qui en découlent, que nous pouvons aujourd'hui choisir notre destinée et profiter de notre indépendance.